–de quoi s’agit-il donc alors? demanda le guerillero avec etonnement

–Je vais vous le dire. L’aventurier sourit de nouveau, appuya les coudes sur la table et se penchant legerement vers son interlocuteur: –Combien, dit-il, vouliez-vous vendre a vos nobles amis, la lettre que le senor don Benito JuArez vous avait charge de leur remettre. Don Felipe fixa sur lui un regard effare et faisant machinalement le signe de croix: –Cet homme est le demon! murmura-t-il avec epouvante. –Non, rassurez-vous, je ne suis pas le demon, mais je sais beaucoup de choses, sur vous surtout, cher seigneur, et sur les nombreux trafics, auxquels vous vous livrez; je connais le marche que vous avez fait avec un certain don Diego; de plus, si vous le desirez, je vous repeterai mot pour mot la conversation que vous avez eue il y site de l’entreprise a une heure a peine, dans cette salle meme ou nous sommes en ce moment, avec les senores don Melchior de la Cruz et don Antonio Cacerbar.

Maintenant, venons au fait; je veux que vous me donniez, vous me comprenez bien n’est-ce pas? Que vous me donniez et non pas que vous me vendiez la lettre du senor JuArez que vous avez la dans votre dolman, que vous avez refusee aux honorables caballeros dont je vous ai cite les noms, et que vous me livriez en meme temps les autres papiers dont vous etes porteur et qui, je le suppose, doivent etre fort interessants. Le guerillero avait eu le temps de reprendre une partie de son sang-froid; aussi, fut-ce d’une voix assez ferme qu’il repondit: –Que pretendez-vous faire de ces papiers? –Ceci doit vous importer fort peu, du moment ou ils ne seront plus dans vos mains. –Et si je refuse de vous les livrer? –Je serai quitte pour vous les prendre de force; voila tout, repondit-il paisiblement. –Caballero, dit don Felipe avec un accent de dignite dont l’aventurier fut surpris, ce n’est pas le fait d’un homme brave comme vous l’etes de menacer ainsi qui ne saurait se defendre; je n’ai pour toute arme que mon sabre, tandis que vous au contraire vous disposez de la vie de douze hommes. –Pour cette fois, il y dans ce que vous dites une apparence de raison, reprit l’aventurier, et votre observation serait juste, si je devais me servir de mes revolvers pour vous contraindre a faire ce que j’exige de vous; mais rassurez-vous, vous aurez un combat loyal, mes pistolets demeureront sur cette table; je croiserai seulement ma machette contre votre sabre, ce qui non seulement, retablira l’equilibre entre nous mais encore vous donnera sur moi un avantage signale. –Agirez-vous reellement ainsi, caballero? –Je vous en donne ma parole d’honneur; j’ai pour habitude de toujours regler loyalement mes comptes avec mes ennemis comme avec mes amis. –Ah! Vous appelez cela regler vos comptes? dit-il avec ironie. –Certes; quel autre nom puis-je employer? –Mais d’ou provient cette haine que vous me portez? –Je n’ai pas de haine pour vous plus que pour tout autre miserable de votre trempe, dit-il brusquement; vous avez, dans un moment de forfanterie, voulu voir mon visage, afin de me reconnaitre plus tard, je vous ai averti que cette vue vous couterait la vie; peut-etre vous aurai-je oublie, mais aujourd’hui vous vous trouvez de nouveau sur ma route, vous possedez des papiers qui me sont indispensables, ces papiers, je suis resolu a m’en emparer a tout prix; vous me les refusez, je ne puis m’en rendre maitre qu’en vous tuant, je vous tuerai; maintenant, je vous accorde cinq minutes pour reflechir et me dire si decidement vous vous obstinez dans votre refus.

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