De quoi est-il vetu? quelles couleurs singulieres! retournez l’etoffe de nessus qui emprisonne sa chair et

Il la hait parce qu’il en meurt. Grand poete, un peu obscur, que la mort de Dieu a rendu fou, admirateur de l’energie parce qu’il se sentait faible et de la durete parce qu’il etait trop tendre. M. Cabissol toussa. –La pitie, la pitie, dit-il, c’est, au bout du compte, un acte instinctif par lequel nous nous supposons a la place de l’homme qui souffre; nous nous y voyons, par une operation imaginative qui nous fait souffrir son mal; et c’est nous que, egoistement, nous soulageons ou voulons soulager en lui.

–Meme ainsi comprise, dit M. Rinal, la pitie est noble. Elle est la protection de chacun dans tous, de tous par chacun. Elle fait eclater aux yeux de l’esprit le mystere de l’unite dans l’innombrable. –Les mots peuvent tout dire. Toutes les theses se peuvent soutenir, s’ecria M. Cabissol. Ou est la verite, je vous le demande? –Dans tout, vous dis-je; la vie ne se trompe pas. Le singe flaire une pomme veneneuse et la rejette. « Le besoin d’une morale preexiste, dans l’homme, a toute morale formulee. Ce besoin est un fait physiologique, comme la faim.

« Et l’homme, pris en masse, en tant qu’etre moral, se comporte vis-a-vis des idees comme le singe avec les fruits: il reconnait au flair les doctrines qui empoisonnent, ou s’il y mord, il ne s’en nourrit pas. M. Cabissol toussa de nouveau.

–S’il y goute, il peut en mourir, dit-il. –Individuellement; mais en tant que race, en tant qu’humanite, l’homme resiste a tous les poisons que produit son cerveau, car la volonte de vivre est infinie, et independante de son raisonnement. La cause reste la plus forte.

L’esperance indefinie, si voisine de la foi, est, comme le besoin d’une morale, un fait physiologique. Pastoure, emerveille, renouvela un mot celebre: –C’est bougrement beau: je n’y comprends rien. –Tout de meme, poursuivit M. Rinal, l’ideal, le reve du meilleur et du plus beau, produit par le cerveau humain, est un fait. On peut tres bien admettre que ce reve est une etape vers la realisation positive des plus nobles chimeres. « Il ne me parait pas absurde d’affirmer que Dieu, ainsi compris, et qui n’existe pas encore pour qui n’en a pas la conception, existe deja reellement pour celui qui l’aime!. . . « Pourquoi, dans l’infini, le progres ne serait-il pas indefini? Il n’est pas voir la page necessaire aujourd’hui d’avoir du genie pour constater que, dans l’ordre social, tout evolue et que tout monte. –Vous trouvez? dit M. Cabissol. –Parbleu! quand on ne s’en apercoit pas, c’est qu’on oublie le passe. Mais, a travers toutes les cruautes, les trivialites, les stupidites de notre vie sociale, il est facile, en comparant les conditions de l’existence moderne avec ce que nous savons du passe, de voir que tout est mieux. Un peu de mieux suffit a l’esperance d’un autre « peu de mieux ».

De jour en jour, l’homme s’installe plus confortablement sur le globe et par suite il a le loisir de jouir mieux que jamais, et de mieux comprendre les beautes de la nature et celles des arts. –En verite! dit M.

Cabissol, vous croyez que le peuple se soucie de l’art? –Pas encore beaucoup, mais donnez-lui le temps.

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