De pomereux semblait y chercher une image fugitive; une douceur calme et sereine detendait ses traits

Le sourire passa sur sa bouche decoloree. –Il me semble que la mort est un reveil, dit-il; elle reunit ceux que la vie a separes. Ses yeux s’eteignirent; il murmura le nom de Gabrielle et mourut. En ce moment, mille cris s’eleverent de tous cotes, les tambours battaient aux champs, les cavaliers agitaient leurs chapeaux au bout des epees et les clairons sonnaient. Louis XIV passait le Rhin.

LII UN RAYON DE SOLEIL Le Rhin etait franchi. Quand vint la nuit, l’armee francaise campa sur la rive droite; devant elle s’etendaient les grandes prairies de la Hollande. La victoire avait couronne ses premiers efforts. Les soldats, animes par l’ardeur du combat, se groupaient autour des feux du bivouac et se racontaient les uns aux autres les incidents de cette journee. paris

Autour de l’habitation de Louis XIV se pressaient une foule d’officiers. Tout le monde avait paye de sa personne, et dans l’enivrement qu’excitait ce passage, le glorieux monarque voyait deja le presage de son entree a Amsterdam. Il ne savait pas encore qu’entre lui et la vieille capitale de la Hollande il trouverait Guillaume d’Orange. Les generaux venaient presenter leurs compliments au roi et prendre ses ordres. Les salles etaient toutes pleines de brillants uniformes; les meilleurs gentilshommes de France etaient la; quelques-uns manquaient a la reunion, ceux-ci etaient morts.

Tout le monde avait traverse le Rhin, personne encore ne savait comment on l’avait passe. Un homme s’etait jete dans le fleuve, une compagnie l’avait suivi, puis un regiment, puis l’armee, et l’on etait arrive, l’epee au poing, sur les retranchements hollandais. –Savez-vous, messieurs, le nom du gentilhomme qui a trouve le gue? demanda le roi en s’adressant au cercle qui l’entourait. –Sire, repondit M. de Luxembourg, c’est un officier de votre armee; mais cet officier n’est point gentilhomme.

–Mais, repondit fierement Louis XIV, si je l’appelle ainsi, c’est qu’apparemment il doit l’etre.

M.

de Luxembourg s’inclina. –Son nom? ajouta le roi. –Belle-Rose. –A quel regiment appartient-il? –Au regiment de La Ferte, artillerie. Louis XIV se recueillit un instant. –Ce n’est pas, reprit-il bientot, la premiere fois que j’entends parler de cet officier. –Non, sire, j’ai eu l’honneur d’entretenir Votre Majeste d’une affaire qui le concerne. –Ah! je me souviens! Ne s’agissait-il pas de l’incendie d’un couvent et de l’enlevement d’une religieuse? –Non, sire. Des personnes qui haissent Belle-Rose parce qu’il m’est devoue ont denature les faits aux yeux de Votre Majeste. Belle-Rose a delivre sa fiancee qu’on avait cloitree contre son gre, et il en a fait sa femme aussitot qu’elle a ete libre. Louis XIV savait admirablement son metier de roi, il posait eternellement en face de la cour, en face de l’Europe, en face de lui-meme.

Une occasion se presentait d’accomplir un acte de justice en faveur d’un officier qui avait fait bravement son devoir, et auquel l’armee devait sa premiere victoire; sa grace etait donc, a tout prendre, un acte de reparation publique, emane du trone, et qui faisait jouer a la royaute le role de la Providence qui recompense les bons.

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