De luxembourg m’attend, repondit belle-rose hardiment

–Le mot d’ordre? –Je ne l’ai pas. –Alors, vous n’entrerez pas. –Parbleu! c’est ce qu’il faudra voir. Et Belle-Rose, renversant le grenadier avec une force irresistible, se jeta dans le corridor d’un bond. Une lumiere brillait au haut d’un escalier, il le franchit, repoussa deux plantons qui se tenaient sur le palier, ouvrit une porte qui etait en face de lui et disparut avant meme que la sentinelle eut le temps d’armer son mousquet.

M.

le duc de Luxembourg etait assis dans un grand fauteuil; il tenait a la main des depeches, et sur une table a sa portee, on voyait disperses des cartes et differents papiers. Au bruit que fit Belle-Rose en penetrant dans la salle, le general sans tourner la tete s’ecria:–Qu’est-ce encore et que me veut-on? N’ai-je pas donne l’ordre de ne laisser entrer personne? –Monsieur le duc, j’ai force la consigne. A ces mots, au son de cette voix inconnue, le duc de Luxembourg se leva. –C’est une audace qui vous coutera cher, monsieur, reprit-il; et sa main saisit une sonnette qu’il agita. Les soldats de planton et quelques officiers de service entrerent. –Un mot, de grace! vous disposerez de ma vie apres! dit Belle-Rose, au moment ou M. de Luxembourg allait sans doute donner l’ordre de l’arreter. Le general se tut. Un instant ses yeux enflammes par la colere se promenerent sur Belle-Rose; le desordre ou paraissait etre le jeune officier, la droiture et la franchise de sa physionomie, la resolution de son regard, l’anxiete qui se lisait sur tout son visage, toucherent l’illustre capitaine. Il fit un signe de la main; tout le monde sortit, et le duc de Luxembourg et Belle-Rose resterent seuls en presence. XIX LE BON GRAIN ET L’IVRAIE Le general et le lieutenant se regarderent une minute avant de parler. Si l’on avait pu lire dans le coeur de M. de Luxembourg, on y aurait peut-etre vu passer les incertaines et fugitives lueurs d’un souvenir noye dans les ombres d’une vie orageuse et melee. Quant a Belle-Rose, jamais, avant cette heure, il ne s’etait trouve, il le croyait du moins, en presence du fameux capitaine dont la renommee brillait d’un eclat radieux meme entre les noms redoutables de Turenne et de Conde.

Une crainte respectueuse saisit son ame, et son fier regard s’abaissa devant M.

de Luxembourg, qu’il dominait cependant de toute la tete. Le vague souvenir du general s’effaca comme un eclair: il ne vit plus devant lui qu’un soldat temeraire qu’il fallait ecouter d’abord et punir apres. –Que voulez-vous? parlez, dit-il. –Je viens implorer la grace d’un coupable. –Son nom? –M. de Nancrais.

–Le capitaine qui a battu aujourd’hui meme les Espagnols et pris Gosselies? –Une belle action, monseigneur! –Il n’y a pas de belle action contre la discipline! voir la page –On brulait le drapeau francais sur le territoire du roi! –Il y avait un ordre du jour, monsieur. Eut-on brule vingt drapeaux et saccage cinquante villages, c’etait le devoir du soldat de ne pas bouger! –C’est une faute qu’a rachetee la victoire. –Il ne s’agit pas de vaincre, il s’agit d’obeir.

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