De douleur, il plonge sur son lit et se prend a sangloter, la tete dans les

Chacun de ses sanglots lui etrangle les entrailles; et ce qu’il souffre, il le doit a la mechancete d’Auriol, de tous.

Pour compenser la perte du calme familial, il a voulu au moins etre un male seduisant: il atteint au ridicule.

Auriol a devine le prix de son costume et detruit l’espoir d’en exagerer la value. Il ne sera donc jamais l’egal des autres en bonheur; et pourtant il y a droit, lui aussi. Et la rage le prend plus violente; ses entrailles s’etranglent plus etroitement, ses machoires glissent l’une contre l’autre et grincent; ses doigts se recourbent et ses poings se crispent. Derriere lui, des rires, des esclaffements, des plaisanteries. On le prend sous les bras, on le souleve pour voir sa face en pleurs. Lui, se laisse tomber inerte.

Et s’il voulait cependant les battre! Ces efforts, ces torsions de membres n’indiquent-ils pas une surexcitation extreme accumulee en lui et qui veut se detendre? N’est-il pas un homme aussi. Il se dresse! Sur la blancheur nue des murailles, le groupe des hommes ricane. Lui, les fixe un instant de ses yeux qui voient trouble et qui lui semblent se dilater a l’extreme. Tout son etre est si douloureusement etreci par la souffrance qu’il ne peut respirer. C’est comme une force interne immense qui l’emplit et tend a le projeter. Il lui resiste a peine. Et il comprend que s’il cede ce sera la plus entiere des satisfactions. Tout a coup un spasme imprevu le lance sur Berdot qui l’a touche. Au contact algide d’un pommeau de bayonnette une juste ferocite domine Prescieux, le pousse. Il degaine cette lame et exulte en la sentant si legere a son poing.

Aveugle, heureux, les yeux crispes et clignes, il l’enfonce droit devant. Et c’est pour lui un assouvissement extatique: percevoir des chairs qui s’abiment sous la pression de son arme victorieuse. Il se rue encore, jouissant, perdu, doublant, triplant, multipliant les coups. BABIOLES Regardez, ecoutez mes babioles, ce sont des papiers peints, ce sont des violes: I LE MASQUE JAPONAIS Yedo. L’on dirait. Tant elle est de potiches trapues et de stores barioles pleine la chambre.

La chambre aux rideaux bleus ou fleurissaient les yeux de _l’absente_, plus bleus que les fleurs bleues s’etiolant dans des vases bleus. Et les grands eventails palpitent cloues sur les panneaux comme des papillons, les grands eventails ou des papillons sont peints, les grands eventails diapres comme des perruches, les grands eventails ou des perruches sont peintes. Et le petit masque japonais, don de _l’absente_, reve sur le mur blanc juste en face du lit, du grand lit froid comme un catafalque, ou sur les taies fleurant les parfums aimes de _l’absente_, tristement accoude, _il_ songe. Il songe que les nuits veuves s’entassent, que l’hallali des desirs sonne dans ses nerfs exasperes; il songe au cabaret grouillant la-bas sous la flambee du gaz, drive master il songe a la petite brune, fine et futee jusques au bout de l’orteil, a la grande rousse, grasse comme une oie, et bete donc! Et cependant que la roue du fiacre attarde chante sur la chaussee, _il_ regarde ses bas de soie rouge trainant sur le tapis, ses bas de soie rouge qui le fixent de leurs prunelles rouges avec un air de _viens-nous-en_.

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