De charny comprit, a l’air du comte, qu’il ne plaisantait pas

Il prit donc son parti sur-le-champ, en homme qui a du courage et qui sait jouer sa vie quand il le faut.

Il tira son epee lentement et se mit en garde. –Je suis pret, dit-il. –Allez donc, messieurs, dit le comte.

Les deux epees se croiserent aussitot. M. de Pomereux, qui avait vu Belle-Rose a l’epreuve, n’avait aucune crainte sur le resultat de ce duel; mais a la maniere dont M. de Charny se battait, il comprit que l’adversaire etait digne du capitaine, et il eut un instant quelque regret d’avoir engage le combat. Aux premiers chocs, Belle-Rose devina la force de M. de Charny; il mesura ses coups, feignit de rompre, et au moment ou son antagoniste fondait sur lui, il revint a la parade avec une telle violence que le fer vola des mains de M. de Charny. M. de Pomereux fut completement rassure. La Deroute ramassa l’epee et la rendit a M. de Charny, qui retomba en garde sur-le-champ, et le duel recommenca. Cette fois, Belle-Rose, maitre du jeu de son adversaire, attaqua a son tour; au moment ou M.

de Charny essayait une riposte, il lia son epee et la fit sauter au plafond.

M. de Charny devint blanc comme un cadavre.

Il bondit sur son arme, l’assura dans sa main, et revint a la charge avec une incroyable fureur. Belle-Rose para tous ses coups, deux ou trois a peine dechirerent sa casaque sans toucher; le capitaine excitait la riposte et semblait attendre une occasion qui ne venait pas; enfin, M. de Charny ayant tendu l’epee dans une feinte, Belle-Rose s’en empara si resolument qu’elle tomba a dix pas d’eux. A ce troisieme desarmement, M. de Charny fremit de la tete aux pieds. –Mais frappez donc! s’ecria-t-il, ivre de colere. –On ne tue pas un espion, repondit Belle-Rose. Et prenant l’epee de M. de Charny, il la brisa sur son genou. Les yeux de M. de Charny s’injecterent de sang, et il tomba sur un fauteuil. –Ma foi, monsieur, vous etes vaincu, lui dit M.

de Pomereux. Permettez-moi d’agir comme si vous etiez mort. Le comte agita une sonnette et un laquais se presenta. –Labranche, lui dit-il, cours a l’ecurie, et dis aux palefreniers d’appreter la voiture et d’atteler les chevaux: nous partons pour Chantilly. Ce dernier mot reveilla M. de Charny comme d’un songe.

–Vous partez pour Chantilly? s’ecria-t-il en se dressant.

–Ma foi, oui, si vous le trouvez bon. –Seul, alors, j’imagine? –Vous oubliez, mon cher monsieur de paris Charny, que vous etes mort et que vous n’etes point en etat de m’adresser des questions; cependant je veux bien vous traiter en vivant et vous repondre, sans que cela tire a consequence. Vous etes curieux de savoir si je me rends seul a Chantilly? –Oui, reprit le favori du ministre en frappant du pied.

–Mon Dieu! que vous etes donc vif pour un homme tue. A vrai dire, je n’aime pas a voyager seul, j’ai du gout pour la compagnie, et, si vous le permettez, j’emmenerai avec moi Belle-Rose et mon ami la Deroute. –C’en est trop, et je ne le souffrirai pas. M. de Charny s’elanca vers la fenetre, mais M.

de Pomereux l’arreta au passage.

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