D’assonville me fit savoir son retour, et cette nuit meme je le revis au petit pavillon

A la nouvelle que j’allais etre mere, il fit eclater une joie si vive, que ma tendresse se reveilla. Il m’embrassait les mains et pleurait d’ivresse a mes genoux. –Ainsi, vous m’aimez toujours? me dit-il.

–Oui, repondis-je, et j’etais franche alors. –Et pendant cette longue absence que mon devoir m’a imposee, aucun autre n’a rien surpris de votre coeur? ajouta-t-il. –Que voulez-vous dire? repris-je etonnee. N’ai-je pas toujours ete seule? Un instant j’ai eu pres de moi un ami, un frere; il a ete bon, tendre, affectueux pour moi, il m’a consolee, et il est mort. –Me pardonnerez-vous, Genevieve? me dit tout a coup Gaston. Je le regardai, effrayee deja du son de sa voix. –Cet ami, c’est moi qui l’ai tue! reprit-il. Je poussai un cri terrible a cet aveu, et j’ecartai de mes mains les mains de M. d’Assonville: il me semblait y voir du sang. –Ne me maudissez pas, Genevieve, me dit-il; je vous aimais, j’etais jaloux. Quand j’arrivai d’Italie, a la premiere auberge ou je m’arretai a ecouen, votre nom fut prononce avec celui de don Pedre. On disait que vous vous aimiez. . . Je devins fou, et la premiere personne que je rencontrai dans le parc, ce fut lui.

Nous etions jeunes et tous deux armes. . . Vous savez le reste. Je partis sans vous voir. . . Helas! je vous accusais, et vous etiez mere! Il parla longtemps, mais je ne l’entendais plus. Un bruit confus emplissait mes oreilles, mon coeur se tordait et je m’evanouis.

Gaston me laissa aux mains de ma nourrice.

Quand je revins a moi, un enfant pleurait a mes cotes. –Un enfant! repeta Belle-Rose; c’est a lui que se rattache ma mission.

–Eh! dit Genevieve, votre mission sera facile. Ce que vous voudrez, je le voudrai.

Une fievre ardente me cloua sur ce lit de souffrance, continua-t-elle, sur ce lit ou je n’eus pour mon enfant que des baisers trempes de larmes. Je ne sais combien de temps dura ce delire; ma nourrice ecartait tout le monde de ma chambre; ma tante, confite en devotion, me voyait a peine une minute au retour de ses stations a la chapelle du chateau. J’etais en convalescence quand mon pere revint. –Je vous amene un mari, le seigneur dont je vous ai parle, le site me dit-il, avant de m’avoir embrassee, et il me le presenta sur l’heure. –C’etait M. le duc de Chateaufort? dit Belle-Rose.

–Lui-meme. M. d’Assonville avait disparu depuis la scene du pavillon.

Il avait cru a ma trahison, a mon tour je crus a son oubli. Que vous dirai-je? Mon pere a ete la seule personne devant qui j’aie tremble. Apres un mois d’hesitation, j’epousai le duc. Trois jours apres, je revis M. d’Assonville; laisse pour mort dans un combat ou mon pere se trouvait, il avait du la vie aux soins charitables de malheureux paysans, qui l’avaient recueilli sur le champ de bataille. Sa douleur m’epouvanta; ses reproches, a la fois amers et passionnes, me briserent le coeur. Oh! il m’aimait bien, celui-la!.

. . mais moi je ne l’aimais plus. .

. La pitie quelquefois rechauffait mon ame. . . Helas! ce n’etait pas la tendresse qui l’agitait, c’etait le souvenir!.

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