D’assonville l’eut rempli d’un si grand accablement; il en avait eprouve une douleur profonde et durable,

Il en arriva a penser que c’etait un pressentiment, et sa melancolie s’en augmenta.

Les caracteres les plus fermes sont sujets a des abattements qui puisent leurs causes dans les replis les plus intimes du coeur; mais Belle-Rose etait de ceux qui sacrifient tout a l’accomplissement d’un devoir; il laissa Sainte-Claire d’Ennery, ou etaient toutes ses affections, sur sa droite, et poussa tout d’un trait jusqu’a Paris. La chaise, precedee de la Deroute, entra a fond de train dans la cour de l’hotel de M. de Louvois. Belle-Rose en descendit, et pria un huissier de l’introduire aupres du ministre. –Son Excellence travaille avec M. de Charny, lui dit l’huissier. –Dites alors a Son Excellence que c’est de la part de Sa Majeste Louis XIV, repondit Belle-Rose. A ce nom sacre l’huissier disparut et revint bientot apres.

–Qui faut-il que j’annonce? dit-il.

–Le capitaine Belle-Rose. A ce nom, M.

de Louvois tressaillit comme un lion surpris dans son antre. –Le capitaine Belle-Rose! repeta-t-il en couvrant l’officier de son regard etincelant. Et vous etes venu chez moi, vous! Vous etes bien imprudent, monsieur.

–Je ne crois pas, monseigneur, dit Belle-Rose froidement.

–Avez-vous perdu la memoire, et faut-il que je vous rappelle le compte que nous avons a regler ensemble? –Il serait plus a propos, je crois, de parler de l’affaire qui me ramene. Ne vous a-t-on pas dit, monseigneur, que je venais de la part de Sa Majeste le roi? M. de Louvois fronca le sourcil. –Le roi est en Hollande, monsieur, repliqua-t-il. –J’en arrive, monseigneur, et voici les depeches que Sa Majeste a bien voulu me confier. Belle-Rose tira le paquet de sa poche et le tendit au ministre. M.

de Louvois, tout etonne, le prit sans repondre et l’ouvrit. M. de Charny se tenait debout dans l’embrasure d’une fenetre, attentif et silencieux. A la lecture de la depeche qui lui annoncait le passage du Rhin, l’homme fit place au ministre.

M. de Louvois le site se leva le visage radieux.

–La Hollande est ouverte! s’ecria-t-il, dix villes conquises et le Rhin franchi en un mois! Il faudra bien que la republique soit effacee du rang des nations.

–Vous etiez a ce passage, monsieur? reprit-il en s’adressant a Belle-Rose. –Oui, monseigneur. –Emmerich et Reez sont a nous? –M.

de Luxembourg les a conquis; l’armee marche sur Utrecht.

–Utrecht sera pris. –Je le sais. –De toute la Hollande, il ne restera plus qu’Amsterdam.

–Amsterdam et Guillaume d’Orange. –On les vaincra, monsieur. –Je l’espere, monseigneur. M. de Louvois parlait avec enthousiasme, allant et venant par la chambre; tout a coup il s’arreta devant Belle-Rose; l’expression du triomphe s’effaca lentement de son visage. A son tour le ministre faisait place a l’homme. –Les affaires du royaume sont finies; j’imagine, monsieur, que nous pouvons passer aux votres, reprit-il. –Vous n’avez pas tout lu, monseigneur, repondit Belle-Rose en lui montrant du doigt un pli cachete qu’il avait tire de la depeche. M.

de Louvois brisa le cachet et parcourut le papier du regard.

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