D’assonville et se dirigea vers arras, ou le capitaine de chevau-legers tenait alors garnison

Un secret instinct lui disait que M. d’Assonville etait comme lui, souffrant, et qu’ainsi que lui il aimait sans espoir. Le sergent trouva le jeune officier dans un salon qu’eclairait mal un mince rayon egare entre d’epais rideaux. M. d’Assonville se promenait dans cette large piece, ou le bruit de ses pas etait etouffe par un tapis. C’etait bien toujours le meme beau jeune homme, dont la tete intelligente et fine avait un air de douceur et de fierte qui charmait. Seulement, son regard semblait plus triste encore, et la paleur transparente de son visage se marbrait de teintes bleuatres sous les paupieres. En voyant le soldat, M. d’Assonville sourit. –Sois le bienvenu, lui dit-il. Nous amenes-tu cette fois des sapeurs ou des canonniers? –Non, capitaine, je viens seul.

–Seul! Et que viens-tu faire? Jacques ne repondit pas. M. d’Assonville, etonne, s’approcha de lui; un coup de vent qui ecarta les rideaux lui permit de mieux voir le visage de son protege. –Mon Dieu! qu’as-tu donc? s’ecria-t-il. –Suzanne s’est mariee! repondit Jacques. M.

d’Assonville lui prit la main et la serra. –Pauvre Belle-Rose! tu l’aimais, toi! Ce devait etre ainsi. Maintenant, tu souffres et tu es seul! Moi, voila six ans que je pleure. Belle-Rose, a son tour, pressa la main de M. d’Assonville. –Tu as le coeur noble et loyal, et tu vas t’aviser de mettre toute ta vie sur la parole d’une femme! reprit le capitaine. Cela devait etre, vois-tu.

Je le sais bien, moi. Quand on prend une maitresse au hasard, et qu’on la quitte comme on perd une pistole au lansquenet, ces choses-la n’arrivent jamais. Il n’y a le site que les fous qui aiment, et nous sommes de ces fous-la. Je ne te dirai pas de secouer ta souffrance comme on secoue au vent la poussiere du chemin, mais tu es homme et tu es soldat.

Roidis-toi contre le mal et attends; si tu en meurs, il faut mourir debout. –Oui, capitaine, repondit Belle-Rose d’une voix ferme; et passant ses mains dans ses longs cheveux boucles, il rejeta sa tete en arriere. M.

d’Assonville sourit.

–Tu es un brave et courageux garcon. Si tu en avais fantaisie, vingt femmes te vengeraient de ton infidele. Belle-Rose secoua la tete.

–A ton aise.

Cependant, prends-y garde; tu es trop triste pour qu’elles ne tentent pas de te consoler; si tu les evites, elles te chercheront. M. d’Assonville reprit sa promenade dans la chambre. Chaque fois qu’il passait devant Belle-Rose, il le regardait, et a chaque tour il le regardait plus longtemps. Enfin il s’arreta devant lui. –Veux-tu me rendre un service, Belle-Rose? lui dit-il. –Je suis a vous corps et ame. –Feras-tu ce que je te dirai, tout? –Tout. –Et tu me promets de garder le silence au prix de ta vie? –Je le jure. –C’est bien. Je vais preparer tes instructions; demain, tu partiras pour Paris. VIII UNE MAISON DE LA RUE CASSETTE Le lendemain, de bonne heure, M. d’Assonville fit entrer Belle-Rose dans son appartement. Sur la table devant laquelle il etait assis, on voyait quelques lettres et divers papiers eparpilles.

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