D’apres la direction qu’ils suivaient, ces cavaliers semblaient venir d’orizaba et se diriger vers puebla de

Ces deux cavaliers portaient le costume des riches proprietaires d’haciendas, costume que nous avons trop souvent decrit pour que nous recommencions a le faire ici; nous noterons seulement une particularite caracteristique que rendait necessaire le peu de surete des routes a l’epoque ou se passe cette histoire: tous deux etaient armes d’une facon formidable et portaient avec eux drive-master.com un arsenal complet; en sus des revolvers a six coups places dans leurs fontes, d’autres revolvers a six coups aussi etaient passes dans leur ceinture. Ils portaient a la main un excellent fusil double sortant des ateliers de Devisme, le celebre armurier parisien, ce qui ne leur faisait rien moins que chacun vingt-six coups de feu a tirer, sans compter la machette ou sabre droit, suspendu a leur flanc gauche, le couteau a lame triangulaire enfonce dans leur botte droite et le lazo ou reata de cuir, love a la selle ou il etait solidement attache par un anneau de fer rive avec soin. Certes, ainsi armes, si ces hommes etaient doues d’un certain courage, il leur etait facile de faire face sans desavantage a un nombre d’ennemis meme considerable.

Du reste, ils ne semblaient nullement s’inquieter de l’aspect sauvage et solitaire du lieu ou ils se trouvaient et causaient gaiement entre eux a demi-etendus sur l’herbe verte et fumant negligemment leurs cigares, vrais puros de la Havane. Le plus age des deux cavaliers etait un homme de quarante a quarante-cinq ans, qui n’en paraissait au plus que trente-six; sa taille, un peu au-dessus de la moyenne, etait, bien qu’elegante, fortement charpentee, ses membres trapus denotaient chez lui une grande vigueur corporelle, il avait les traits accentues, la physionomie energique et intelligente; ses yeux noirs et vifs, toujours en mouvements, etaient doux mais lancaient parfois des eclairs fulgurants lorsqu’ils s’animaient, et alors ils donnaient a son visage une expression dure et sauvage impossible a exprimer; il avait le front haut et large, la bouche sensuelle; une barbe noire et touffue comme celle d’un ethiopien, melee de fils argentes, tombait sur sa poitrine; une luxuriante chevelure, rejetee en arriere, inondait ses epaules, son teint hale etait couleur de brique; bref, a le juger sur l’apparence, c’etait un de ces hommes determines, precieux dans certaines circonstances critiques parce qu’on ne craint pas d’etre abandonne par eux. Bien qu’il fut impossible de reconnaitre sa nationalite, ses gestes brusques et saccades, sa parole vive, breve et imagee semblaient lui assigner une origine meridionale.

Son compagnon, de beaucoup plus jeune, car il ne paraissait avoir que vingt-cinq a vingt-huit ans, etait grand, un peu maigre, et d’apparence non pas maladive, mais delicate; sa taille elegante, elancee et bien prise, ses pieds et ses mains d’une petitesse extreme denotaient la race; ses traits etaient beaux, sa physionomie sympathique et intelligente, empreinte d’une grande expression de douceur, ses yeux bleus, ses cheveux blonds, et surtout la blancheur de son teint, le faisaient tout de suite reconnaitre pour un Europeen des climats temperes nouvellement debarque en Amerique.

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