Dans un angle, a six pieds de hauteur environ, une statuette representant nuestra senora de guadalupe,

Six equipales, quatre butacas, un buffet charge de differents ustensiles de menage et une table assez grande, placee au milieu de la salle, completaient l’ameublement de cette piece, egayee par deux fenetres a rideaux rouges. Le sol etait recouvert d’un petate ici d’un travail assez delicat. Nous avons oublie de mentionner un meuble assez important pour sa rarete et que certes on aurait ete loin de s’attendre a rencontrer en pareil lieu; ce meuble etait un coucou de la Foret Noire, surmonte d’un oiseau quelconque qui prevenait, en chantant, la sonnerie des heures et des demies. Ce coucou faisait face a la porte d’entree et etait place juste entre les deux fenetres.

Une porte s’ouvrait a droite sur les pieces interieures. Au moment ou l’inconnu entra dans le rancho, la salle etait deserte. Il appuya son fusil dans un angle de la piece, se debarrassa de son chapeau qu’il posa sur la table, ouvrit une fenetre devant laquelle il traina une butaca sur laquelle il s’assit, puis il tordit une cigarette de paille de mais, l’alluma et se mit a fumer aussi tranquillement et avec autant de laisser-aller que s’il se fut trouve chez lui, non pas toutefois sans avoir d’abord jete un regard sur le coucou en murmurant: –Cinq heures et demie! Bon, j’ai le temps, il n’arrivera pas encore. Tout en se parlant ainsi a lui-meme, l’inconnu s’etait laisse aller en arriere sur le dossier de sa butaca; ses yeux s’etaient fermes, sa main avait lache le cigarillo et quelques minutes plus tard il dormait profondement. Son sommeil durait depuis environ une demi-heure lorsqu’une porte, placee derriere lui, fut ouverte avec precaution et une charmante jeune femme, de vingt-deux a vingt-trois ans au plus, aux yeux bleus et aux cheveux blonds, entra a pas de loups dans la salle, avancant curieusement la tete en avant et fixant un regard bienveillant, presqu’attendri, sur le dormeur. Le visage de cette jeune femme respirait la gaite et la malice jointes a une extreme, bonte; ses traits sans etre reguliers formaient un tout coquet et gracieux qui plaisait au premier coup d’oeil; son teint, excessivement blanc, la distinguait des autres femmes de rancheros, indiennes cuivrees pour la plupart; son costume etait celui qui appartient a sa classe, mais d’une proprete remarquable et porte avec une coquetterie mutine qui lui seyait a ravir. Elle arriva ainsi tout doucement jusqu’aupres du dormeur, la tete retournee en arriere et le doigt pose sur la bouche, afin sans doute de recommander a deux personnes qui la suivaient, un homme et une femme d’un certain age, de faire le moins de bruit possible. Ces deux personnes accusaient, la femme cinquante et l’homme soixante ans a peu pres; leurs traits, assez vulgaires, n’avaient rien de saillant, excepte une certaine expression d’energique volonte repandue sur leur physionomie. La femme portait le costume des rancheras mexicaines; quant a l’homme, c’etait un vaquero. Tous trois, arrives pres de l’inconnu, se placerent devant lui et demeurerent immobiles, le regardant dormir.

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