Dans son ardeur genereuse, il avait un instant oublie la qualite de l’homme auquel il parlait

A ces quelques mots, son juvenile emportement s’apaisa, comme s’apaise l’eau bouillante d’un vase ou tombe une onde froide. –Vous avez fort bien plaide la cause de M. de Nancrais, ajouta M. de Luxembourg avec dignite; l’audace ne messied pas a la jeunesse, et celle que vous venez de montrer vous honore en meme temps qu’elle me donne une haute opinion du caractere de M. de Nancrais. On n’est point un homme ordinaire lorsqu’on sait inspirer de tels devouements. Mais il faut avant toute chose que la discipline ait son cours. Malgre vos prieres, j’ai donc le regret de vous repeter que le capitaine de Nancrais sera fusille demain, au point du jour.

M. de Luxembourg, d’un geste noble, salua Belle-Rose, mais le lieutenant ne bougea point. Le duc fronca le sourcil. –Je croyais m’etre clairement explique, monsieur? dit-il. –Pardonnez-moi, monseigneur, si j’insiste, mais. . . –Ah! monsieur Belle-Rose, j’ai bien voulu ne pas m’offenser de votre audace; mais une plus longue insistance m’obligerait a me rappeler qui vous etes et qui je suis. Belle-Rose sourit tristement. –Puissiez-vous donc le faire, si le souvenir de la distance qui est entre nous vous rappelle que vous pouvez accomplir une bonne action, et que moi je puis seulement vous en prier. M.

de Luxembourg reprima un geste d’impatience: –Puisque vous ne voulez pas me comprendre, permettez-moi, monsieur, d’appeler pour qu’on vous reconduise au quartier de l’artillerie. En achevant ces mots, le duc s’approcha de la table pour prendre la petite sonnette, mais Belle-Rose prevint son mouvement, et s’elancant vers la table, il saisit la main du general. –Par pitie, monseigneur! dit-il. Un eclair de colere passa dans les yeux de M. de Luxembourg; il se degagea vivement, et saisissant Belle-Rose d’une main par le revers de son habit, de l’autre il prit un pistolet qu’il appuya contre sa poitrine. Le chien s’abattit, mais l’amorce seule brula, et le duc, paris furieux, jeta l’arme a ses pieds. Pas un muscle du visage de Belle-Rose ne frissonna. Mais M. de Luxembourg s’etait penche en avant. La violence de son mouvement avait entr’ouvert les vetements de Belle-Rose, et sur la poitrine a demi nue du lieutenant brillait un medaillon d’or pendu a un cordonnet de soie.

La main du general s’en empara. –D’ou tenez-vous ce medaillon? s’ecria-t-il d’une voix breve. –Ce medaillon?.

.

. je l’ai trouve. –Ou? –A Saint-Omer. –Quand? –En 1658. Mais que vous fait ce medaillon? c’est de M. de Nancrais qu’il s’agit. –Vous l’avez trouve a Saint-Omer, en 1658? reprit le duc, vous? vous-meme? –Oui, moi, repondit Belle-Rose, qui ne comprenait rien a l’emotion de M. le duc de Luxembourg.

J’avais alors douze a treize ans. M. de Luxembourg s’ecarta de quelques pas et se prit a considerer le jeune lieutenant. Un voile semblait s’effacer de son visage a mesure que l’examen avancait. –Eh oui! s’ecria-t-il enfin, la voila retrouvee cette vague ressemblance qui m’avait frappee a ta vue. Belle-Rose? m’as-tu dit; mais tu ne t’appelles pas Belle-Rose! tu t’appelles Jacques, Jacques Grinedal! Belle-Rose, effare, regardait M.

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