Dans l’espace, relativement court, d’une heure, il avait accompli des prodiges de vaillance

Maintenant, un peu fatigue, sa tete amoureusement posee sur l’epaule de l’inconnue qui ne soufflait mot, il se disait: –Ah! si je pouvais etre comme ca avec ma pauvre petite femme! Et il soupirait legerement. Puis il se disait encore: –Ah! ca, serait-ce a une _demoiselle_, a une demoiselle authentique que j’eus a faire? C’est que. . . il m’a semble. . .

ah! par exemple! ca serait drole! Tout a coup, il fut trouble dans ses meditations d’une facon inattendue. . . Il se sentit mordu si cruellement que le sang coula. Il sauta du lit en poussant un cri de douleur, stupefait, ahuri. L’inconnue se leva a son tour, et apres lui avoir applique une vigoureuse paire de gifles, elle dit: –Allume donc la bougie, imbecile! Le son de cette voix le troubla tellement qu’il resta pendant deux secondes cloue sur place, puis il alla machinalement allumer une bougie sur la cheminee. La lumiere eclata aveuglante.

L’inconnue se tenait la, debout, immobile dans une nudite presque absolue, sa chemise aux fines dentelles glissant le long des hanches. C’etait Madame Blanche de Lorn. Les deux epoux se regarderent un instant sans une parole, puis ils s’etreignirent longuement, toujours muets, tres emus. Fernand risqua une question sur cette aventure invraisemblable, mais sa femme lui fermant la bouche avec sa fine main pale, lui dit: –Pas ici. Chez nous. Maintenant va-t-en vite avant moi, pour eviter tout scandale. Il s’habilla a la hate et sortit de la chambre. Madame de Saint-Baume l’attendait dans son petit salon. –Eh bien, interrogea-t-elle avec son sourire malin, sommes-nous content? –Ravi, ma chere baronne, vous etes la Providence des amoureux.

–Quand je vous le disais! Il passa a l’annulaire crochu de la proxenete une bague de haut prix, et quitta l’hotel le paradis dans l’ame. VII Depuis ce jour la vaillance de Fernand ne se dementit pas un seul instant. Blanche est la plus heureuse des femmes, et lorsque ses petites amies la plaisantent sur ses yeux battus, au lieu de se facher comme autrefois, elle egrene le chapelet de perles de ses rires argentins. LA TARE I De la fenetre, par l’ecran de papier, s’epanche un rayon clair qui vient illuminer l’eau-forte de Paul Grimail. Le tres jeune artiste contemple son oeuvre, indecis: sous le col ondulant du cygne, Leda se pame en une torsion enlacante, et l’aile toute blanche, affaissee sur l’amante, explique les cambrures de ce corps enerve par la caresse duveteuse. Ainsi doivent s’exprimer les transports de la passion, ainsi ont-ils toujours apparu dans ses reves;–car l’ephebe les ignore reels: nulle ne lui offrit l’amour; jamais il n’osa le mendier, et il lui repugne ici d’imposer son desir a la vendeuse en besoin. Il pense. Machinalement il frole le bandeau qui couvre en partie sa figure et son front; dessous se cache une horrible bouffissure violatre. Aussi loin que peut remonter sa memoire, l’artiste revoit sa tete d’enfant bridee par le triste bandeau et sa mere lui defendant de le retirer: « cela ferait pleurer la sainte Vierge.

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