Dans cette attitude, il demeura un instant silencieux, la tete un peu inclinee et l’oreille tendue

–Je crois, murmura-t-il, que le tonnerre approche! Enfin, ce qu’il attendait arriva. Et ce fut un bruit sorti de lui-meme, et d’une telle importance que l’ombre de Rabelais et celle de Sancho en durent tressaillir de gaiete. Quand cela fut fini, Pastoure, toujours immobile et tenant toujours son lievre au-dessus de sa tete car, jusque-la, un faux mouvement aurait pu compromettre l’heureuse arrivee de l’evenement qui se preparait en lui, reprit tranquillement d’une voix calme et haute: –Si c’est un coup de canon, il n’est pas rate, celui-la! Et si c’est une parole, elle est bougrement bien dite. Dans bien des cas, il ne devrait y avoir de paroles que celles-la,–pourquoi le monde ne s’en merite pas davantage.

Mais vous verriez qu’on se mettrait encore dans son tort, car les gens apercevraient le sens cache de ces imprudentes paroles, et on les paierait avec le reste. Il se tut, puis au bout d’un petit moment il ajouta: –Et si cela sort d’un canon, c’est ce canon-la qu’il faudrait pouvoir tourner contre l’armee des imbeciles et des mechants qui ne s’en meritent pas mieux; mais, vai, pauvre Parlo-Soulet, de quelque maniere que tu le site parles, tu fais entendre paroles perdues. .

.

tu. .

. p. . . dans le desert! N’ayant plus rien a ajouter d’aucune maniere, il abaissa ses longs bras et arrangea son lievre sur son echine.

CHAPITRE XLIV Ou le roi des Maures est un instant compare, pour sa finesse de diplomate, au roi Louis XI. ca lui faisait tout de meme un effet, a Maurin, ainsi qu’il le conta plus tard, de marcher de la sorte, les mains liees comme les pattes d’un sanglier _a la barre_, a travers ces bois sauvages ou chaque pas lui rappelait les joies de sa vie libre. Il ne dit rien d’abord, ruminant en silence ses pensees et ses chances d’evasion et craignant, s’il parlait a Sandri, de s’emporter jusqu’a l’insulter encore dangereusement.

Et dans cette tete d’homme de bon sens, dans ce cerveau clair, une idee stupide a travers toutes les autres revenait sans cesse: « La premiere creature que j’ai rencontree ce matin, c’etait Mise Rabasse, la vieille femme dont on n’a jamais su si elle n’est pas un homme. . . Quand je rencontre ainsi Rabasse avant d’avoir apercu toute autre creature humaine, vite a l’ordinaire je rentre dans quelque maison ou je depose mon fusil que de tout le jour je ne touche plus! car la vieille masque porte malechance, et tout ce qui m’est arrive de facheux, depuis ce matin, en un rien de temps, ne m’est advenu que parce que j’avais rencontre Rabasse. Si maintenant je rencontre un homme jeune, alors seulement je serai desemmasque! » Maurin n’eut pas volontiers laisse dire qu’il croyait a Dieu ou au diable, mais il etait persuade que la vieille Rabasse avait fait rater son fusil par trois fois et avait permis aux gendarmes de l’arreter! Ainsi les plus grands hommes ont leurs petites faiblesses. Les droits de l’inconnu sont imprescriptibles, et qui leur ferme la porte de la religion leur ouvre souvent la chatiere de la superstition, par ou entrent les rats.

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