Conduis-moi chez le president de la section des canards

Le neveu protesta. L’oncle resista.

Ils partirent. Grace a l’impertinence de Theodule, qui savait parler de haut aux bas employes, on les introduisit dans la ce site salle meme ou siegeait le comite de l’Exposition. La section des canards etait en seance.

Theodule alla dire quelques mots a l’oreille du president–qui n’etait autre que le prefet en personne. Le prefet se leva aussitot, tres visiblement trouble, pria son comite de deliberer sans lui et entraina Theodule et son oncle dans une salle voisine. –Monsieur le prefet, commenca le professeur idealiste. . . mon neveu a du vous expliquer d’un mot la situation.

Elle est penible. Je ne peux vraiment pas arracher a un eleveur serieux, a un eleveur de carriere, un prix de pareille importance. . . Ces canards du Labrador n’en sont pas. .

. et ma conscience. . . –Il ne s’agit pas de cela, monsieur, interrompit severement le prefet. Vous nous avez trompes, c’est entendu, mais, par suite, nous nous sommes trompes. Or notre erreur nous couvrirait de ridicule si votre conscience la devoilait aujourd’hui. Votre devoir a present est de vous taire. –Mais, monsieur le prefet. . . –Monsieur, dit le prefet, du ton d’un Bonaparte menacant (ce ton-la est celui de tous les democrates francais des qu’ils sont fonctionnaires), monsieur, je n’admets pas d’excuses. Vous toucherez le prix de votre mensonge. .

. c’est, comme vous savez, quatre mille francs. –Cependant, monsieur le prefet. . . –Il n’y a pas de cependant.

–Ce que vous me demandez est impossible, monsieur le prefet.

J’ai fait acheter deux canards chez le marchand de volailles d’Auriol, pour remplacer deux canards authentiquement nes au Labrador, ceux-la. . . et des lors. . . –Monsieur, dit le prefet hautain, le comice agricole ne doit pas pouvoir se tromper. Vous aviez expose deux canards qui sont du Labrador. Nous nous y connaissons peut-etre mieux que vous. Vous toucherez vos quatre mille francs. N’ajoutez pas un mot, s’il vous plait, vous me desobligeriez. –Monsieur le prefet, je vous assure que mon honnetete s’y oppose. . . et. . . –Cet homme ne comprend rien! dit le prefet en frappant du pied. –Il ne comprend pas grand’chose, dit Theodule; il faut l’excuser, monsieur le prefet. . . c’est mon oncle, le frere de mon pere.

. . c’est un homme du temps des omnibus. . .

Ah! cela ne nous rajeunit pas. –Monsieur le prefet, dit Pierre avec fermete, les journaux d’Auriol publieront ce soir meme une lettre de moi ou je raconterai l’histoire de mes deux canards. Le prefet devint vert. –Et moi qui le prenais pour un imbecile! songea-t-il, c’est un malin! « Monsieur, dit-il tout haut en tremblant, vous n’etes pas un ennemi de la Republique, j’espere? Voulez-vous donc la faire tomber sous le grotesque?. . . –Je veux une republique honnete, dit le professeur d’un air stupide. Le prefet reflechit un moment en silence, puis sa physionomie s’eclaira d’un sourire d’intelligence supreme et de haute bienveillance. –Je vous comprends enfin, monsieur, dit-il; aux quatre mille francs du prix, nous joindrons les palmes academiques.

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