–chut! fit-elle rapidement a son oreille, je n’ai rien compris, rien devine, mais n’avancez pas! un

Passez la, dans ce cabinet; je vais les occuper avec mon meilleur vin.

. . S’ils ne vous voient pas, dans une heure ils partiront, et vous serez sauve.

. . S’ils vous voient, dame! il y a la fenetre! Belle-Rose se jeta dans la salle voisine au moment ou la porte du cabaret s’ouvrait.

–Le ciel est un four et la route est un gril! dit le soldat en entrant. –Si bien que vous avez une soif de damne, repondit l’hotesse. Prenez donc et buvez, ajouta-t-elle en posant une cruche de vin sur la table.

Ceux qui venaient par la plaine entrerent a l’instant. La plupart jeterent sur les bancs leurs chapeaux et leurs mousquets, et s’assirent autour de la table. L’hotesse passait et repassait de la salle au cabinet, qui avait une issue sur la cuisine. –Ils boivent, dit-elle tout bas a Belle-Rose. –Tous? –Tous, sauf un. Belle-Rose ouvrit la fenetre.

Au troisieme voyage de la cabaretiere, un soldat la suivit. –Laissez-moi et finissons, dit-elle. –Non pas; vous avez de trop beaux bras. –S’ils sont beaux, ils sont forts; gare a vos joues! –Eh! eh! reprit le soldat en apercevant Belle-Rose, nous ne sommes pas seuls! La compagnie fait peur a l’amour. Eh! l’ami, retournez-vous donc un peu, qu’on vous regarde! Belle-Rose tressaillit au son de cette voix qui ne lui etait pas inconnue. Il appuya une main sur la fenetre, se retourna, et reconnut Bouletord, Bouletord qui etait passe de l’arme de l’artillerie dans la marechaussee a pied, ou il avait vaillamment gagne les galons de brigadier. –Belle-Rose! s’ecria-t-il. Eh! eh! camarade! nous avons un vieux compte a regler ensemble. Vous avez eu la premiere manche; mais a moi la partie. Vous etes mon prisonnier. –Pas encore, dit Belle-Rose en posant le pied sur la fenetre. Bouletord s’elanca vers lui, mais un furieux coup de poing le renversa rudement par terre, et d’un bond Belle-Rose franchit la fenetre. Aux cris du brigadier, la marechaussee accourut, mais par une singuliere inadvertance, en voulant secourir Bouletord, la cabaretiere avait repousse les chassis couverts de rideaux rouges, si bien que la vue de la campagne et du fuyard etait interceptee. –Qu’y a-t-il donc? demanderent les soldats. Bouletord, sans repondre, saisit un mousquet, ouvrit la fenetre et fit feu. La balle fit sauter l’ecorce d’un saule a dix pas de Belle-Rose. –Pauvre garcon! dit l’hotesse, comme il court! –Mais depechez-vous donc! cria Bouletord a ses gens. C’est notre deserteur. S’il nous echappe, il nous vole dix louis. La marechaussee se jeta sur les traces du fuyard; mais la marechaussee etait embarrassee de ses buffleteries et Belle-Rose gagnait du terrain. De la fenetre ou elle s’etait accoudee, la cabaretiere assistait a cette chasse voir la page improvisee.

Au lieu d’un cerf, c’etait un homme qu’on courait. –Comme il va! disait-elle a demi-voix, tout en suivant les episodes de cette course, et sans se douter qu’elle parlait tout haut; le voila qui traverse les luzernes du pere Benoit. Bon, il saute le fosse.

. . Il a des jambes de chevreuil, ce garcon-la!.

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