Cette conduite de la part d’une jeune fille a laquelle depuis son enfance il etait fiance,

Naturellement peu dispose au mariage que sa famille lui voulait imposer, nullement amoureux de sa cousine, qu’il s’etait a peine donne le temps de regarder, et, a cause de son peu de laisser-aller vis-a-vis de lui, assez porte a la croire sotte, le comte aurait facilement pris son parti de la repugnance qu’elle semblait eprouver pour lui, et se serait non seulement console, mais encore felicite de la rupture de son mariage avec elle, si dans cette affaire son amour-propre ne se fut pas trouve mis en jeu d’une facon fort blessante pour lui. Quelque grande que fut l’indifference qu’il eprouvait pour la jeune fille, il etait froisse du peu d’effet que, par sa mise, ses manieres, son luxe meme, il avait produit sur elle et de la facon froidement dedaigneuse dont elle avait ecoute ses compliments et recu ses avances. Bien que desirant sincerement au fond de son coeur ne pas voir se conclure ce mariage qui lui deplaisait pour mille raisons, il aurait cependant voulu que, sans venir positivement de lui, la rupture ne vint pas aussi nettement de la jeune fille, et que les circonstances lui eussent permis tout en se retirant avec les honneurs de la guerre de se voir regrette de celle qui devait etre son epouse. Mecontent de lui et des personnes dont il etait entoure, se sentant dans une position fausse et qui ne tarderait probablement pas a devenir ridicule, le comte songea a en sortir le plus tot possible; mais avant que de provoquer une explication franche et decisive de la part de don Andres de la Cruz qui semblait nullement se douter de l’etat des choses, le comte resolut a part lui, de savoir positivement a quoi s’en tenir sur le compte de sa fiancee; car avec cette fatuite native de tous les hommes gates par les succes faciles, il avait la conviction interieure qu’il etait impossible que dona Dolores ne site de l’entreprise l’eut pas aime si son coeur n’avait pas deja ete pris d’un autre cote. Cette resolution une fois prise et bien arretee dans son esprit, le comte, qui d’ailleurs se trouvait fort desoeuvre dans l’hacienda, se mit en devoir de surveiller les demarches de la jeune fille; determine, une fois une certitude acquise, a se retirer et a regagner au plus vite la France, qu’il regrettait tous les jours davantage, et qu’il se repentait d’avoir ainsi brusquement abandonnee pour venir chercher a deux mille lieues de sa patrie une si humiliante aventure. Malgre son indifference pour le comte, nous avons fait observer que cependant dona Dolores se croyait obligee a etre sinon aussi aimable qu’il l’eut desire, du moins toujours convenable, polie et meme prevenante; exemple que son frere se dispensait completement de suivre envers l’hote de son pere, qu’il traitait avec une froideur tellement affectee qu’il aurait ete impossible au comte de ne pas s’en apercevoir, bien qu’il dedaignat de le laisser paraitre; feignant de prendre les manieres brusques, tranchantes et meme brutales du jeune homme comme etant naturelles et parfaitement en rapport avec les moeurs du pays. Les Mexicains, hatons-nous de le dire, sont d’une politesse exquise, leur langage est toujours choisi, leurs expressions fleuries, et a part la difference du costume, il est litteralement impossible de reconnaitre, un homme du peuple, d’une personne d’un rang eleve.

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