C’etait une belle fille a la gorge rebondie, aux hanches superbement cambrees

–Tiens, un revenant, dit-elle, en apercevant Monsieur de Lorn. A quel heureux hasard devons-nous le plaisir de vous voir, homme range? –Votre retour a Paris, mademoiselle, y est pour beaucoup, repondit Fernand en souriant. –Flatteur, va! reprit Louise tres caline, en lui tirant amicalement le drive master bout de sa barbe en pointe.

Ils causerent en sirotant du the copieusement desaffadi de cognac. Les petits verres d’eckau vinrent apres, tres frequents. De Lorn sentait se reveiller en lui tous ses vices d’hier. Les petits verres d’eckau faisaient deja leur effet. Il dit en effleurant de ses levres la nuque de Louise: –Dites donc, si nous soupions! Madame de Saint-Baume se leva avec un sourire protecteur. –Mes enfants, dit-elle, j’ai un peu de migraine, et il se fait tard. Permettez-moi de me retirer. Je vais donner des ordres pour que vous soyez servis comme de simples Khedives.

Ne vous genez pas, vous savez que ma maison est votre. Elle se retira digne et roide dans sa robe de soie sombre. Au bout d’un quart d’heure, une vieille bonne typique apporta sur un grand plateau d’argent un petit souper extra-fin. Les ecrevisses furent eventrees, les pates saccages, le Chandon moutonna dans les coupes. –Ah! ca, dit Louise, a cheval sur la cuisse de Fernand, t’es donc marie, petit singe? –Mais oui. –Et ca va bien, les petites amours legitimes? –Hum! –Comment? Deja! –Je n’ai pas dit. –Tu fais: hum! –C’est que. . .

–C’est que? –Tu sais, les jeunes mariees. . . –Les jeunes mariees? –C’est un peu. . . –Innocent, n’est-ce pas? –Oui. –Je comprends, dit Louise, en risquant des gestes definitifs. A des. .

. comme toi il faut. . . –Des. .

. comme toi, riposta Fernand, en lui passant la main sous le corset. Alors Louise en fit sauter les agrafes. Ses beaux seins fermes bondirent comme des cavales fringantes. Elle denoua sa lourde chevelure et colla sa bouche fardee sur les levres de Fernand, l’excitant de la morve de ses baisers.

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. . . . . . . . . . Une heure apres, M. de Lorn sortait de l’hotel Saint-Baume, epouvantablement gris, mais la tete haute et le chapeau sur l’oreille. L’honneur etait sauf.

Tout en marchant il se repetait avec satisfaction: –C’est egal, je suis content. Ce n’etait pas pour tout de bon. C’est que cette pensee me donnait la chair de poule. Songez donc: trente-six ans et plus rien! Oh! non, pas encore! Et mais, dites donc, ca a marche avec cette petite grue de Louise, mais la tres bien. Au bout du compte, je m’en lave les mains. Que ma femme s’arrange: c’est de sa faute. J’ai la preuve de ma vaillance. O ces jeunes filles du noble faubourg sont-elles godiches! IV Quelques jours apres. Vers neuf heures du soir.

Ils se trouvent en tete a tete dans le petit boudoir chaud comme un nid, devant le feu petillant parmi les chenets. Fernand regarde sa femme qui lit un volume de Feuillet: tres pale, a la lueur tamisee de la lampe, son corps se dessine amoureusement sous la soie du peignoir clair a bouffettes roses.

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