Cet homme avait fini par inspirer une telle terreur a la population de cette contree, que

Le gouvernement autrichien n’avait naturellement pas voulu admettre ce pacte conclu avec des brigands, et, resolu a en finir a tout prix, il avait employe les moyens les plus energiques pour s’emparer du bandit. Pendant un laps de temps assez long, tous ses efforts furent infructueux: cet homme, merveilleusement servi par ses espions, etait tenu parfaitement au courant de tout ce qu’on tentait contre lui; il dressait ses plans en consequence, et parvenait facilement a se soustraire aux recherches et a dejouer tous les pieges qui lui etaient tendus. Mais ce que n’avait pu faire la force, la trahison le fit enfin: un des affilies du _Bras-Rouge_ (tel etait le nom de guerre du bandit), mecontent de la part qui lui avait ete donnee dans un riche butin fait quelques jours auparavant et se croyant lese par son chef, resolut de se venger de lui en le trahissant. Une semaine plus tard, le Bras-Rouge avait ete surpris par les troupes et fait prisonnier ainsi que les principaux de sa bande. Les quelques hommes qui avaient echappe, demoralises par la capture de leur chef, n’avaient pas tarde a tomber a leur tour entre les mains des soldats, de sorte que la bande toute entiere avait ete detruite. Le proces des bandits n’avait pas ete long, ils avaient ete condamnes a mort et executes immediatement. Le chef et deux de ses principaux lieutenants avaient seuls ete reserves pour rendre leur supplice plus exemplaire. Ils devaient etre executes le lendemain. Voila pour quel motif la ville de Bruneck etait en liesse. Les populations voisines etaient accourues pour assister au supplice de l’homme devant lequel elles avaient si longtemps tremble, et afin de ne pas manquer ce spectacle si attrayant pour elles, elles campaient dans les rues et sur les places, attendant avec impatience l’heure de l’execution. Le comte n’attacha que fort peu d’importance a ces nouvelles, et comme il se le site sentait fatigue d’avoir pendant deux jours voyage a travers des routes execrables, il se prepara, son souper termine, a se livrer au repos. Au moment ou il entrait dans sa chambre a coucher, un domestique parut et echangea quelques mots a voix basse avec le valet de chambre. –Qu’y a-t-il, demanda le comte Octave, en se retournant. –Pardon, monsieur le comte, repondit respectueusement le domestique, un homme est la qui desire parler a votre Excellence. –Me parler a cette heure? fit-il avec etonnement; c’est impossible, a peine suis-je ici que l’on sait deja mon arrivee; dites a cet homme qu’il revienne demain, ce soir il est trop tard. –Je le lui ai dit, monsieur le comte, et il a repondu que demain il ne serait plus temps. –Voila qui est extraordinaire! Quel est cet homme? –Un pretre, monsieur le comte, et il a ajoute que ce qu’il avait a dire a votre excellence, etait fort grave et qu’il le priait instamment de le recevoir. Le jeune homme, fort intrigue d’une semblable visite a une pareille heure, repara le desordre de sa toilette et se rendit au salon, curieux d’avoir le mot de cette enigme.

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