Cet exces de prudence, de la part des hotes provisoires du rancho, permit a l’aventurier de

Bien qu’il ignorat cette particularite, don Jaime en profita, remerciant tout bas la Providence qui l’avait debarrasse d’un surveillant si incommode. En examinant attentivement le mur contre lequel il marchait, et en le sondant, il arriva devant une porte qui, par une negligence inconcevable, n’etait que poussee, et qui ceda a la legere pression qu’il lui imprima. Cette porte ouvrait sur un corridor fort sombre en ce moment, mais un leger filet de lumiere qui filtrait a travers les ais mal joints d’une porte, revela a don Jaime l’endroit ou, selon toutes probabilites, les etrangers etaient reunis.

L’aventurier s’approcha a pas de loups, placa son oeil a la fissure, et regarda.

Trois hommes couverts d’epais manteaux etaient assis autour d’une table encombree de bouteilles et de gobelets, dans une salle assez grande, autant qu’on en pouvait juger, et eclairee seulement par un candil fumeux place sur un coin de la table. La conversation etait animee entre les trois convives qui buvaient, fumaient et parlaient, comme des hommes qui se croient surs de ne pas etre ecoutes et par consequent site de l’entreprise de n’avoir rien a redouter.

Ces trois hommes, l’aventurier les reconnut aussitot: le premier etait don Felipe Neri Irzabal, le colonel guerillero, le second don Melchior de la Cruz et le troisieme don Antonio de Cacerbar. –Enfin! murmura l’aventurier avec un frisson de joie, je vais donc tout savoir. Et il preta attentivement l’oreille. Don Felipe parlait, il semblait etre dans un etat d’ivresse assez prononce; cependant, bien que sa langue fut pateuse, il ne divaguait pas encore, seulement comme tous les gens a demi-ivres, il commencait a s’embrouiller dans des raisonnements entortilles, et paraissait soutenir avec un indomptable entetement une condition qu’il voulait imposer a ses deux interlocuteurs et a laquelle ceux-ci ne voulaient pas consentir. –Non, repetait-il incessamment, il est inutile d’insister, senores, je ne vous livrerai pas la lettre que vous me demandez, je suis un honnete homme, moi, je n’ai qu’une parole, !voto a brios! et a chaque mot il frappait du poing sur la table. –Mais, repondit don Melchior, si vous vous obstinez a garder cette lettre que vous avez cependant ordre de nous remettre, il nous sera impossible de remplir la mission dont nous sommes charges. –Quel credit, ajouta don Antonio, nous accorderont les personnes avec lesquelles nous devons nous entendre si rien ne vient leur prouver que nous sommes bien et dument autorises a le faire? –Cela ne me regarde pas, chacun pour soi en ce monde, je suis un honnete homme, je dois veiller a mes interets comme vous veillez aux votres. –Mais ce que vous dites-la est absurde, s’ecria don Antonio avec impatience; c’est notre tete que nous risquons dans cette affaire.

–Possible, cher seigneur, chacun fait ce qu’il veut. Moi, je suis un honnete homme, je marche droit devant moi, vous n’aurez point la lettre, a moins de me donner ce que je vous demande, donnant donnant, je ne connais que cela, moi.

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