–c’est vrai, encore est-il bon que je le sache afin de bien remplir vos intentions

–Ecoutez-moi donc, je serai d’autant plus bref que lorsque les personnes que j’attends arriveront je vous donnerai des instructions plus detaillees. –Bien; parlez, je vous ecoute. –Deux personnes doivent nous joindre ici, un jeune homme et une jeune dame; la dame se nomme dona Dolores de la Cruz, elle est fille du proprietaire de l’hacienda del Arenal, elle a seize ans, et est fort belle, c’est une enfant douce, pure et naive. –Fort bien, cela m’importe fort peu, vous savez que je me soucie mediocrement des femmes. –C’est vrai, je n’insiste donc pas; dona Dolores est fiancee avec don Ludovic qu’elle doit incessamment epouser. –Grand bien lui fasse, et quel est ce don Ludovic? Un Mexicain quelconque je suppose, bellatre, sot et orgueilleux, qui piaffe ici comme la mule d’un chanoine. –En cela, vous vous trompez; don Ludovic est son cousin, le comte Ludovic de la Saulay, appartenant a la plus haute noblesse de France. –Ah! Ah! C’est le Francais en question? –Oui; il est arrive tout expres d’Europe pour contracter avec sa cousine cette union convenue depuis longtemps entre les deux familles; le comte Ludovic de la Saulay est un charmant cavalier, riche, bon, aimable, instruit, serviable; bref, excellent compagnon, je lui porte le plus sincere interet, je desire que vous vous liiez avec lui. –S’il est tel que vous le dites, mon ami, soyez tranquille, avant deux jours nous serons les meilleurs amis du monde. –Merci, Dominique, je n’attendais pas moins de vous. –Eh! fit le vaquero, regardez donc, Olivier, il nous arrive quelqu’un, je crois; diable, ils vont bon train, dans dix minutes ils seront sur nous. –C’est dona Dolores et le comte Ludovic. Ils se leverent alors pour recevoir les deux jeunes gens qui, en effet, arrivaient a toute bride.

–Nous voila enfin! dit la jeune fille en arretant son cheval court, avec l’habilete d’une ecuyere emerite.

D’un bond, les nouveaux-venus furent a terre. Apres avoir salue le vaquero, Ludovic tendit les deux mains a l’aventurier. –Je vous revois donc, mon ami, lui dit-il; merci de vous etre souvenu de moi.

–Supposiez-vous donc que je vous eusse oublie? –Ma foi, dit gaiement le jeune homme, j’en aurais eu presque le droit.

–Monsieur le comte, dit alors l’aventurier, avant tout, permettez-moi de vous presenter monsieur Dominique, c’est plus qu’un frere, c’est un autre moi-meme, je serais heureux qu’il vous plut de reporter sur lui un peu de l’amitie que vous daignez me temoigner. –Monsieur, repondit le comte en s’inclinant gracieusement devant le vaquero, je regrette sincerement de m’exprimer si mal en espagnol, ce qui m’empeche de vous montrer le vif desir que j’eprouve de vous voir partager la sympathie que, des a present, vous m’inspirez. –Qu’a cela ne tienne, monsieur, repondit en francais le vaquero, je parle assez couramment votre langue pour vous remercier de vos cordiales paroles, dont je vous suis tres reconnaissant.

–Ah! Pardieu, monsieur, vous me ravissez, voila une charmante surprise; veuillez, je vous prie, accepter ma main et me considerer comme entierement a votre disposition.

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