C’est qu’alors, tout seul, je me vide, je me soulage de mes pensees, je me degonfle

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« Ah! nom de nom! bourrique que je suis! Je suis alle au puits tout a l’heure laver les « siettes » et les verres, et je n’ai pas rapporte d’eau pour boire, qu’elle fait trouver le vin meilleur! » Il s’appretait a sortir quand Maurin entra. Le pauvre Maurin ne se doutait guere qu’entre lui et les gendarmes, la distance, en ce moment, n’etait pas longue. Ils l’epiaient depuis sa conversation avec Tonia, et plus habiles qu’en d’autres occasions a se cacher de lui, ils le virent entrer dans la cabane; ils se concertaient. –La cheminee fume, disait le gendarme Sandri. Ils dejeuneront la.

Rien ne presse. Comment nous y prendre? Maurin n’est pas homme a ne pas nous resister. Ils sont deux. Laissons-les se mettre a table.

–Tu es toi, Maurin? dit Pastoure, en voyant entrer son ami.

–Je suis moi, bonjour, dit Maurin. ca sent bon, ici. Surveille ton roti.

Je vais au puits chercher l’eau et me mouiller le museau. ca fait du bien aux chevaux. –Va querir l’eau fraiche. J’ai, justement, oublie. Maurin avait quitte son carnier et son fusil. –Ou est le vieux fusil? dit-il. Une arme est un compagnon. Je verrai s’il ne s’est pas trop rouille! Un lapin peut me partir! –J’ai battu aux alentours, dit Pastoure. Il n’y a rien de rien, tu peux croire.

–Il peut en etre venu depuis tout a l’heure. On ne sait jamais. –Il n’y a rien, rien, pas un poil, pas une plume. –Alors, sans risque, je peux prendre le vieux fusil. –Il est rouille, prends le tien. –Mais puisqu’il n’y a rien, dit Maurin, je n’aurai pas a tirer. Je prends le fusil a piston. –Alors, si tu ne le tires pas sur un perdreau, tire-le sur une cible pour savoir comment il marche et puis tu le rechargeras. Te! voici des capsules. Maurin sortit, la cruche vide au poing, le vieux fusil pendu par la courroie a son epaule.

Il fait vingt pas, et, surpris et joyeux s’arrete, voyant son chien voir la page en arret. L’attitude d’Hercule etait significative: –Noum de pas Diou! Un lapin! Il pose a terre sa gargoulette: –Bourre! Le lapin part. Maurin epaule, tire. . . cra! Le coup rate. –Voleur de sort! dit Maurin. ca semble un fait expres. Un lapin a ma porte et mon vrai fusil dans la maison. Carogne! Il voyait le puits tout proche, a soixante pas. Que d’ici au puits il dut rencontrer un autre lapin, cela n’etait pas a supposer. Hercule, tres etonne, regardait de travers l’arme qui, au lieu de _boum_, faisait _clac_. Maurin passa une paille fine dans la lumiere du vieux fusil, s’assura que la poudre y apparaissait, mit une amorce neuve, reprit sa cruche, et, son fusil en bretelle, se dirigea vers le puits.

Mais, a mi-chemin, de nouveau il s’arreta. La queue d’Hercule se faisait horizontale et rigide avec un bout fremissant. On etait a contre-vent. Ce fin bout de la queue d’Hercule disait a sa maniere tres clairement a Maurin: « perdreaux! » Maurin posa a terre sa cruche paisiblement, prit en mains son vieux fusil et. . . . . une compagnie de perdreaux se souleva de terre avec un grand ronflement d’ailes lourdes.

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