C’est par l’intermediaire de l’un d’eux, et non des moindres, que je ferai communiquer vos instructions

 » Le prefet s’etonna. Cabissol lui expliqua les relations de Maurin et de M.

Rinal.

–Ce M.

Rinal, lui dit-il, vous l’avez vu a Bormes, le jour de l’enterrement de Crouzillat. . . –Ah! oui. –Eh bien, je vais lui parler. M.

Cabissol se presenta, des le lendemain, chez M.

Rinal et lui exposa ce qu’il fallait faire entendre a ce brave Maurin: Maurin devait se garder de tout acte de revolte, se conserver au service de la Republique, faire campagne, si cela lui etait possible, avec quelques compagnons contre les gredins qui tenaient le maquis des Maures; et pour terminer, M. Cabissol parla a M. Rinal de la candidature Verignon. –Je suis sur, dit-il, de votre opinion sur ce publiciste eminent, qui est l’auteur d’un beau livre sur les Jacobins. –Un chef-d’oeuvre, dit M. Rinal. Il y a la tout le genie de la Revolution aimee et revelee. –Eh bien, si vous le voulez, Verignon sera depute du Var.

Vous tenez son election entre vos mains. –Comment cela? a moi tout seul? –Oui, car Maurin, qui ne se fie a personne des qu’il est question de politique, sera definitivement acquis a Verignon si vous lui dites sur ce candidat votre opinion complete. Vous aimez le peuple.

Vous avez reconnu en Maurin une ame plebeienne digne de sympathie et qui en conduit beaucoup d’autres. De Saint-Raphael a la Londe-des-Maures, Maurin, en passant par Saint-Tropez, a bien ici dix mille, que dis-je, quinze ou vingt mille electeurs a sa suite. . .

–Je m’en doutais, dit M. Rinal. Ce Maurin, c’est une puissance. Bravo, car il a une conscience bien superieure a celle de la masse, ou plutot dans laquelle je crois voir, en formation, la conscience meme de la masse. Cette conscience, il faut l’eclairer de plus en plus, je suis de votre avis. Seulement, que Maurin prenne garde. Il prefere l’equite a la justice, le bon sens aux prejuges et l’ideal au bon sens. .

. –Rien n’est plus dangereux, dit M. Cabissol. –Oui, dit M. Rinal. C’est une maladie rare et dont on meurt.

C’est une faute anti-sociale. Les pouvoirs etablis ne l’ont jamais pardonnee, et les republiques pas plus que les autres; car c’est une sottise de croire qu’il existe une forme de gouvernement qui impose la pratique des vertus! Meme de bonnes lois ne sauraient assurer de bonnes moeurs. . . Tachons de sauver Maurin!. . .

Du diable si le brave homme se doute de l’idee que nous avons de lui. . . Au revoir, monsieur. –Toute reflexion faite, dit M. Cabissol, je ne verrai pas Maurin.

Vous aurez sur lui, et pour cause, plus d’influence en tout ceci que personne.

Il se trouva que le soir meme, a la nuit close, Maurin entrait dans sa bonne ville de Bormes par la partie haute, evitant ainsi de passer devant la gendarmerie qui est au bas de la ville, et qui,–il n’en pouvait pas douter,–avait, comme celle d’Hyeres, l’ordre de l’arreter, le cas echeant. Il allait voir M. Rinal et s’informer de son fils; il fut heureux d’apprendre que le petit montrait de l’intelligence et du coeur; il remercia avec effusion le vieux savant et recut enfin de lui les conseils et les bons avis qui venaient de la prefecture.

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