–c’est moi, mon dieu! en disant ces mots, le comte tomba sur une chaise et cacha

XLV LE CHEVALIER D’ARRAINES La douleur chez un homme aussi frivole en apparence que l’etait M. de Pomereux avait quelque chose d’etrange et de sincere qui toucha profondement les spectateurs. On se tut autour de lui.

Suzanne ouvrit la petite boite et en tira la lettre et les cheveux qu’elle remit au comte. –Tenez, dit-elle, voila tout ce qui reste de Gabrielle.

M. de Pomereux prit la lettre et la pressa de ses levres a l’endroit ou l’on voyait l’ecriture de la pauvre morte. Quant a lire ce qu’elle avait ecrit, il ne le pouvait pas, tant il pleurait.

Au bout de quelques minutes, il se redressa, prenant une des mains de Suzanne et tendant l’autre a Belle-Rose: –J’ai coutume de railler et je pleure comme un enfant, leur dit-il; mais devant vous il me semble que je puis le faire. –Ces larmes font que nous vous en estimons davantage, lui dit Suzanne.

Il n’y a que les bons coeurs qui souffrent. M. de Pomereux se fit raconter les details que Suzanne avait recueillis de la bouche de Gabrielle. La mort de cette pauvre fille le navrait. –Elle etait si jeune et si bonne! Que faisais-je, grand Dieu! tandis qu’elle mourait? disait-il. Et c’etait alors de nouveaux sanglots. –Elle pleurait, elle m’aimait, elle expirait, reprenait-il, et moi je vous tenais, a vous, madame, je ne sais quels sots discours! Miserable que j’etais! Comment se fait-il que je n’aie point devine sa presence aux dames benedictines? je l’en paris click aurais arrachee! –Elle ne l’eut point voulu, dit Suzanne. –C’est une terrible histoire!. . .

etais-je digne de ce coeur pur comme le diamant? J’ai vecu d’une etrange sorte, et cependant je l’ai toujours aimee. Elle occupait une place secrete au fond de mon coeur ou ma pensee n’osait descendre; elle y vivait comme une idole qu’on adore et qu’on n’approche pas. J’ai suivi bien des sentiers fangeux, emporte loin d’elle par je ne sais quelle fougue indomptee, quels desirs insatiables; mais dans cette existence ou mon coeur laissait un peu de sa force a toutes les aventures du chemin, elle est la seule chose que j’ai entouree d’amour et de respect.

C’etait la goutte de rosee sur le roc aride, la fleur embaumee entre les ronces. Pauvre Gabrielle! Je me souviens encore de l’heure ou elle s’est enfuie, rougissante et confuse, me laissant un aveu dans son regard limpide! Trois ans apres, elle etait morte! Et moi, je donnais tous mes jours au hasard; j’avais tant vu de mensonges que je m’etais fait de la verite un reve qu’il faut aimer sans y croire. Quand je la rencontrai, j’etais un cadet de famille, n’ayant pour toute fortune que la cape et l’epee. Le chevalier d’Arraines n’etait point un parti convenable pour la fille du marquis de Mesle; je l’aimais, et je le lui dis sans savoir pourquoi.

.

. Plus tard, mon frere mourut; heritier du titre et du nom, je pouvais presque pretendre a sa main; mais j’etais sans nouvelles, et ce fut alors que mon pere m’envoya a Malzonvilliers. Depuis cette visite, mes jours ont coule comme de l’eau; il ne m’en est rien reste, qu’un peu d’ecume a la surface.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *