C’est le galop d’un cheval! –oh! le brave enfant! s’ecria l’etranger avec explosion

Guillaume Grinedal ne dit rien, mais decouvrant son front blanchi par les annees, il leva les yeux vers le ciel et pria.

Le gentilhomme regardait dans l’espace, la tete penchee en avant: on aurait dit que ses yeux etincelants voulaient percer la tenebreuse transparence de la nuit. –Je le vois, mordieu! je le vois! Le cheval a des ailes et l’enfant est dessus. Le gentilhomme saisit le bras du fauconnier.

–Ne le reconnaissez-vous pas? dit-il. Mais le fauconnier remerciait Dieu; deux grosses larmes tremblaient au bord de ses paupieres et ses levres agitees murmuraient une action de graces. L’etranger retira sa main, et plein d’une religieuse emotion, souleva son chapeau.

En quelques bonds le cheval arriva sur eux. L’enfant sauta sur la route, et tomba dans les bras du fauconnier. –Mon pere! s’ecria-t-il. Le pere, silencieux, le pressait sur son coeur. –Mais, dit Guillaume Grinedal tout a coup, il y a du sang sur tes habits. Es-tu blesse? –Ce n’est rien, repondit Jacques, une balle a dechire ma blouse, la, pres de l’epaule, et m’a egratigne, je crois! –Tu es un vaillant garcon, sur ma foi, dit le gentilhomme; si jamais tu t’enroles sous les drapeaux de Sa Majeste le roi Louis, vrai Dieu! tu feras ton chemin. ca, voyons, as-tu la valise? –La voila sur la croupe du cheval. –Pauvre _Phoebus!_ Tu l’as rudement mene, hein? dit gaiement l’etranger en passant la main sur le cou du cheval. Phoebus frotta ses naseaux ecumants sur l’habit du gentilhomme, dressa l’oreille a la voix du maitre, hennit et frappa du pied le sol. –Tu as donc ete poursuivi? reprit l’etranger tout en debouclant la valise. –A une petite lieue de Witternesse j’ai du quitter le grand chemin pour eviter un parti de maraudeurs espagnols, repondit Jacques. Deux lieues plus loin, en avant de Roquetoire, pres de Blendecques, je suis tombe au milieu d’une bande de hussards et d’imperiaux qui battaient l’estrade.

Ils m’ont pousse vivement durant un quart d’heure. Mais Phoebus a de bonnes jambes.

A l’entree du bois ils ont perdu mes traces.

Ah! j’oubliais! Bergame m’a charge d’une lettre pour vous. La voici. Le gentilhomme brisa le cachet, et s’approchant de la fenetre, il lut rapidement a la clarte d’une lampe. –C’est bien, mon enfant. Si quelque jour nous nous rencontrons, moi vieillard, toi homme, dans quelque situation que nous nous trouvions l’un et l’autre, tu pourras en appeler a l’hote de Guillaume Grinedal; il se souviendra. Au point du jour, l’etranger sauta sur la selle de Phoebus, paris qui avait oublie, entre une litiere fraiche et deux boisseaux d’avoine, les fatigues de la soiree.

L’etranger portait un costume de paysan de l’Artois. –Adieu, Guillaume, dit-il au fauconnier en lui tendant la main; je ne vous offre rien: votre hospitalite est de celles qui ne se payent pas, et je craindrais de vous offenser en vous donnant de l’or.

Prenez ma main, et serrez-la sans crainte.

Sous quelque habit que je me cache, c’est, je vous le jure, la main d’un loyal gentilhomme.

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