C’est cette puissante faculte, qui est un don de race, de mettre immediatement en acte un

Je m’explique maintenant pourquoi cet homme se tait devant le monde et pourquoi il parle en gesticulant des qu’il est seul. C’est que, d’une facon peut-etre confuse, il se comprend plus grand que le vulgaire; il dedaigne de se faire discuter; il est en lui-meme et il se suffit, comme un dieu. Il ne veut pas etre distrait de soi par les petites vues des petits esprits, et meme il ne _pense_ peut-etre que lorsqu’il est seul, mais alors avec quelle intensite, vous le voyez! Alors il produit, il cree et porte un monde. Il le parle et le gesticule. Ce n’est qu’etant seul qu’il a du genie. Le public le derange. Il se passe de l’univers _qu’il domine par la pensee, et qui n’en sait rien_. « . . . Voila ce que c’est qu’un Pastoure.

M. Rinal riait de tout son coeur. –Convenez, mon cher Cabissol, que vous gonflez l’ane pour le faire voler, comme on le dit des gens de Gonfaron. –Je ne vois ici ni ane, ni par consequent gonflement d’ane, repliqua M. Cabissol; j’enfle un peu l’expression, si vous voulez, mais en bon meridional que je suis, et parce que j’ai toute confiance en l’intelligence de mon interlocuteur; je veux l’amuser par l’excessif de mes phrases; mais j’entends qu’il les mette au point, je lui fais l’honneur de compter sur lui, et en cela je parle selon le genie et en meme temps selon la sottise idealiste du Provencal. Les Provencaux ne devraient galeger qu’entre eux.

Le reste de l’univers ne les comprend pas. –Je suis bon Provencal et je vous comprends, calmez-vous, mon cher Cabissol; mais avouez qu’en parlant de Maurin et de Pastoure, que j’aime comme vous les aimez, vous les transfigurez un peu trop vite en heros infaillibles. –Je dis, riposta M.

Cabissol avec beaucoup de vivacite, et je soutiens que Maurin est un idealiste, qu’il croit a la bonte de ses congeneres les paysans, et qu’il se prepare ainsi des jours cruels.

–Eh! je ne vous dis pas autre chose a vous-meme, mon cher Cabissol; vous voyez trop facilement en beau les etres et les choses: je vous crois incapable d’accepter l’idee d’un petit defaut dans notre Maurin ou d’une tache au soleil.

C’est un tort. –C’est a moi que vous faites ce reproche? Voyons, mon cher monsieur Rinal, ecoutez-moi bien, je suis sur que vous pensez comme moi: Maurin, a mes yeux, represente la partie spirituelle de notre pays, l’ame populaire de nos campagnes. Il marche en avant, c’est un guide. Pastoure, lourd et sentimental, le suit et le suivra partout drive master et toujours. Et, a eux deux, avec leur gaucherie, leur suffisance et leurs insuffisances (on n’est pas parfait), ils nous sauveraient,–ne fut-ce que par leur gaite–de plus d’un chagrin national! Donc, les individus nommes Maurin et Pastoure meritent d’exciter mon enthousiasme et le votre, d’autant plus que,–j’en conviens,–chez beaucoup de nos paysans, la conscience est encore a l’etat de nebuleuse. . . –A la bonne heure! dit M. Rinal, mais j’etais en droit de vous demander une explication. .

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Ah!. . . voici Maurin. Maurin entra, serra les deux mains amies et s’assit modestement sur le bord d’une chaise.

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