–c’est ce que je vais vous dire tout a l’heure; permettez seulement que j’aille chercher l’argent,

Ce qu’il avait prevu arriva.

L’enfant le suivit.

–La Deroute, dit tout bas Belle-Rose au sergent, tandis que je deboucle cette valise, approche-toi de ce mechant drole, et baillonne-le lestement. Peppe,–c’etait le nom de l’enfant,–regardait de tous ses yeux la valise ou il devait y avoir de si beaux louis d’or; la Deroute noua la bride du cheval autour d’une branche et s’approcha de Peppe; mais Peppe, qui l’apercut du coin de l’oeil, fit deux pas en arriere. –Eh! fit Belle-Rose en laissant tomber sept ou huit pieces d’or, voila l’argent qui m’echappe! viens par ici, mon petit, et prends ces louis; si tu m’en apportes quatre la-haut, il y en aura deux pour toi. Et Belle-Rose, chargeant la valise sur ses epaules, s’eloigna.

L’enfant se jeta sur l’herbe, ou l’or etincelait; la Deroute sauta sur lui, le saisit le site par le cou et noua un mouchoir autour de sa bouche. Peppe n’eut pas meme le temps de pousser un soupir, mais il eut assez de presence d’esprit pour glisser quatre ou cinq pieces d’or dans sa poche. Belle-Rose, qui avait tout vu, remonta rapidement chez M. Bergame. –Voila! dit-il en posant la valise sur la table. –Et Peppe? demanda M. Bergame, dont les yeux s’etaient ecarquilles au bruit argentin de la valise.

–Oh! fit l’officier d’un air tranquille, il s’amuse a tenir mon cheval par la bride. La fenetre de l’appartement ou se tenait M. Bergame s’ouvrait sur une partie ecartee du jardin; il n’avait rien pu voir et n’eut aucun soupcon. –ca, entendons-nous, dit-il en poussant son fauteuil vers la table: vous etes venu pour me compter cent mille livres, c’est tres bien, et je ne demande pas mieux que de les recevoir, mais encore faut-il que je sache d’ou provient cette somme. Belle-Rose comprit qu’il fallait jouer le tout pour le tout. –C’est un echange, repondit-il hardiment. –Ah! fit le vieillard en attachant sur lui ses petits yeux percants.

–Argent contre papiers. –Ah! ah! –L’argent est ici et les papiers sont la, reprit Belle-Rose en designant la place ou etait l’armoire. –Tres bien; je prends les louis et vous donne les papiers; est-ce cela? –Precisement. –Mais, mon bon monsieur, vous me direz bien encore de quelle part vous venez? –Eh! parbleu! vous le savez bien.

–Sans doute! cependant je ne serais pas fache d’en avoir l’assurance. –Eh! monsieur, je suis envoye par le ministre. –M. de Louvois? –Lui-meme. –Alors, vous avez bien une lettre d’introduction, quelque bout de papier avec sa signature. –Une commission, n’est-ce pas? fit Belle-Rose sans sourciller. –Justement. Belle-Rose venait de prendre son parti resolument; tandis que M.

Bergame parlait, la main du lieutenant s’etait glissee sous sa casaque. –Ma commission, reprit-il, la voila. Et il leva un pistolet a la hauteur du visage de M. Bergame. –Si vous dites un mot, si vous faites le moindre geste, vous etes mort, ajouta-t-il. Mais M. Bergame n’avait garde de crier: glace d’effroi, il tremblait dans son fauteuil. –Bien! fit Belle-Rose; voila que vous me comprenez.

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