C’est bien beau dans un temps ou il y a si peu de gens sinceres

–Tout a l’heure encore, continua M. de Charny, qui etait resolu a ne pas s’arreter aux epigrammes du comte, cet homme a tue ici pres un des soldats de Sa Majeste. –Pardon, mon bon monsieur de Charny, etes-vous bien sur que ce fut un soldat? Les soldats ont-ils coutume de roder la nuit sur les talons des gens comme des coupeurs de bourse? S’il y avait quelque ordonnance nouvelle a ce sujet, je serais vraiment curieux de la connaitre.

–Apres cet assassinat.

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. –Un duel, monsieur. –Apres cet assassinat, reprit froidement M. de Charny, le meurtrier s’est jete dans votre hotel, ou vous l’avez accueilli. –Ma foi, mon cher monsieur, j’avoue que je n’ai point pour habitude de mettre a la porte ceux qui viennent me voir.

–Cet homme est ici. –Je crois meme qu’il a fantaisie d’y passer la nuit. –Maintenant, monsieur le comte, je viens pour arreter ce criminel d’etat, et vous allez me le livrer sur-le-champ. En achevant ces mots, M. de Charny s’etait leve; M.

de Pomereux resta sur son fauteuil. –Permettez, monsieur, dit-il de l’air d’un homme profondement etonne, il y a dans tout ce site ceci une grave erreur, et je tiens a m’en expliquer.

Avez-vous le loisir de me donner encore trois minutes? M.

de Charny regarda le comte, ne devinant pas ou il voulait en venir, mais soupconnant un piege sous ces paroles: –Parlez, monsieur, dit-il. –Oh! je serai bref comme vous, veuillez seulement vous rasseoir; je suis tres fatigue, et si vous restiez debout vous m’obligeriez a me lever, ce qui me contrarierait fort. M. de Charny se rassit, la colere commencait a briller dans ses yeux. –C’est bien a monsieur de Charny que j’ai l’honneur de parler? continua M. de Pomereux.

M. de Charny sauta sur sa chaise. –etes-vous en humeur de railler, monsieur? s’ecria-t-il. –Point; je suis en humeur de causer, si vous le permettez.

–Que signifie alors cette question? –Elle signifie tout bonnement que M. de Charny, l’honorable M.

de Charny que j’ai eu si souvent le plaisir de rencontrer chez M. de Louvois, n’etant ni lieutenant criminel, ni conseiller au parlement, ni procureur au Chatelet, n’ayant enfin aucune charge de justice, n’a pas mission pour arreter qui que ce soit. M. de Charny se mordit les levres.

–Cependant, continua M. de Pomereux avec le meme sang-froid, si, durant les quelques jours ou j’ai ete prive de votre compagnie, vous etiez entre dans la magistrature, veuillez me l’apprendre, et vous me verrez tout dispose a m’entendre avec vous.

–Eh! monsieur! il n’est point necessaire d’etre de robe pour avoir le droit d’arreter un miserable! s’ecria M. de Charny que la rage tourmentait. –Ce miserable est de mes amis, monsieur, et encore, si je consens a le livrer, ne dois-je le faire qu’a bon escient. –Eh bien! ne suis-je pas de la maison de M.

de Louvois? –Sans doute. –N’ai-je pas toute sa confiance? –On le dit. –Ne m’a-t-il pas charge de cent missions plus importantes que celle-ci? –Certainement. –Et vous hesitez encore? –Pas le moins du monde.

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