Ces manchons etaient des gants de cuir de son invention, sans doigts, ou ses bras plongeaient

Ces manchons, qu’il faisait admirer volontiers, ne semblaient pas d’un usage pratique, mais ils lui rendaient, au contraire, les plus grands services en de certaines occasions.

[1] Eau ardente, eau-de-vie.

Quand on disait, chez ici les paysans, sur un point quelconque du departement: « Maurin. . .

 » quelqu’un de l’assistance aussitot ajoutait, sur le ton de l’interrogation: « Des Maures? » Et si celui qui allait parler repondait: « Oui », vite les tetes se rapprochaient, on faisait cercle pour apprendre quelque nouvelle aventure du roi des Maures, du don Juan des Bois.

Les domaines de Maurin etant immenses, on l’apercevait peu de temps dans la meme region. C’est pourquoi, ce soir-la, a l’auberge des Campaux, la curiosite etait si vive autour de lui. Les joueurs oublierent leurs cartes, pour le regarder attentivement. Les conversations etaient en deroute. Maurin eut de nouveau un gros rire.

–Je suis tombe ici, dit-il, comme une pierre dans un marais, donc! que les grenouilles ne disent plus rien? Le beau gendarme grommela sottement: –Grenouilles! grenouilles! parlez pour vous, camarade! Il ne fallait jamais agacer Maurin. Il avait la superbe d’un chef, et la susceptibilite d’un solitaire que rien ne vient heurter a l’ordinaire. De plus, en presence d’une femme qui ne lui deplaisait pas, jamais Maurin n’eut « laisse le dernier » (le dernier mot) a qui que ce fut.

En pareil cas, ce male devenait terrible, a la maniere de tous les fauves. –J’ai dit: « grenouilles »! gronda Maurin, vous faisiez dans cette salle un tapage de _grenouilles!_ et vous vous taisez comme des _grenouilles_ dans le marais, depuis que j’ai ferme cette porte. Je l’ai fermee pas pour vous, mais seulement pour plaire a la demoiselle. . . Et vous vous taisez, je dis, comme des GRENOUILLES!–Il enflait le mot. –Voila ce que j’ai dit. Et la gendarmerie ne peut pas y changer une parole.

ca, elle ne peut pas le faire, la gendarmerie!. . .

La gendarmerie ne peut pas non plus verbaliser contre une phrase inoffensive, apres tout, comme celle que Maurin avait prononcee.

Le gendarme, vexe, se tut. La Corsoise, sympathique a Maurin, souriait.

Les Corses, race heroique, sont ou gendarmes ou bandits.

Le pere de la Corsoise etait fils d’un celebre bandit corse.

Eleve dans le maquis jusqu’a l’age de vingt ans, il etait devenu un excellent soldat.

Maintenant il etait garde forestier et sa fille avait dix-huit ans. Elle eut epouse sans repugnance un gendarme, mais elle n’y avait jamais songe. Au choix, elle eut prefere un bandit, et elle n’y songeait pas. Elle regarda Maurin. Maurin en eprouva une joie physique bien connue de lui. C’etait un peu ce qu’il ressentait parfois au sommet d’une montagne, a l’aube, lorsque la vie lui revenait nouvelle, aux levres et dans le sang, apres un bon somme, et que le souffle de la mer, charge des parfums de la montagne, penetrant jusqu’a la chair par le col ouvert de sa chemise courait dans tout lui, et le faisait frissonner d’aise. Le regard de la Corsoise l’emut plus que jamais ne l’emut un regard de femme.

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