–ces cinq minutes que vous m’octroyez si genereusement sont inutiles, ma resolution est immuable, vous n’aurez

–Soit, vous mourrez, dit-il en se levant. Il prit ses revolver, les desarma et les alla poser sur une table placee a l’extremite de la piece; puis, revenant vers le guerillero et saisissant sa machette: –etes-vous pret? lui dit-il. –Un instant, repondit don Felipe en se levant a son tour, j’ai, avant de croiser le fer avec vous, deux demandes a vous adresser.

–Je vous ecoute, parlez. ici –Le combat que nous allons nous livrer est un combat a mort? –En voici la preuve, repondit l’aventurier en detachant son masque et le jetant loin de lui. –Bien, dit-il, cette preuve que vous me donnez est suffisante en effet, l’un de nous succombera donc; supposons que ce soit moi. –Toute supposition est inutile, le fait est certain.

–Je l’admets, repondit froidement le guerillero; au cas ou cela se realiserait, me promettez-vous de faire ce que je vous demanderai? –Oui, sur l’honneur, si cela m’est possible. –Merci, c’est possible: il s’agit simplement d’etre mon executeur testamentaire. –Je le serai, parlez. –J’ai ma mere et une soeur encore jeune qui vivent assez pauvrement dans une petite maison situee non loin du canal de las Vigas, a Mexico, vous trouverez dans mes papiers leur adresse exacte: –Bien. –Je desire qu’elles soient, apres ma mort, mises en possession de ma fortune. –Cela sera fait; mais cette fortune, ou se trouve-t-elle? –A Mexico; tous mes fonds sont deposes chez *** et Cie, banquiers anglais, auxquels je les faisais passer au fur et a mesure; sur la simple presentation de mes titres, les sommes vous seront integralement remises. –Est-ce tout? -Pas encore; j’ai sur moi plusieurs traites montant a la somme totale de cinquante mille piastres sur differentes maisons de banque etrangeres de Mexico; ces traites, vous les toucherez, vous enjoindrez la valeur aux sommes que vous aurez precedemment recues, et le tout sera, par vos soins, remis a ma mere et a ma soeur; me jurez-vous de faire cela? –Je vous en donne ma parole d’honneur.

–Bien, j’ai confiance en vous; je n’ai plus qu’une demande a vous adresser. –Laquelle? –La voici: nous autres Mexicains, nous ne nous servons que fort maladroitement des sabres et des epees, dont nous ignorons le maniement, le duel etant prohibe par nos lois, la seule arme dont nous sachions veritablement nous servir est le couteau: consentez-vous a ce que nous nous battions au couteau? Il est bien entendu que nous combattrons avec toute la lame. –Le duel etrange que vous me proposez est plutot une lutte de leperos et de bandits que de caballeros; j’accepte cependant. –Je vous suis reconnaissant de tant de condescendance, caballero, et maintenant que Dieu me protege, je ferai de mon mieux. –Amen, dit en souriant l’aventurier. Cette conversation si calme entre deux hommes sur le point de s’entre egorger, ce testament de mort fait si froidement et dont l’execution est confiee en cas de mort de l’un des adversaires, a celui qui doit survivre, montre une des faces les plus etranges du caractere mexicain, car ces details sont de la plus rigoureuse exactitude; bien que fort brave naturellement, le Mexicain redoute la mort, ce sentiment est inne chez lui; mais le moment venu de risquer definitivement sa vie et meme de la perdre, nul n’accepte avec plus de philosophie, disons mieux, avec plus d’indifference, cette dure alternative et n’accomplit plus insouciamment ce sacrifice qui, chez les autres peuples, n’est jamais envisage sans un certain effroi et un instinctif tressaillement nerveux.

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