Cependant une defiance a l’egard de ces commercants reputes filous s’engendre des espoirs decus

Sous les empressements, le simple desir de conquerir la pratique se devine. Et cette idee s’implante dans l’esprit du militaire: on lui garde son uniforme pour le contraindre a rester a Paris et a renouveler la noce qui enrichira ces gens. Aux denegations continuelles et pareilles, il repond avec colere.

On finit par le mettre a la porte d’un cafe de Montmartre, brutalement. Et l’heure du depart immine; Gustave, desole, court a l’embarcadere. La, des terreurs l’empoignent. Il se trace le sergent delateur, le colonel brusque, le conseil de guerre impitoyable. Retourner chez son pere, deserter, ce lui semble etre le preferable parti. Et passent deux gendarmes flanquant un tringlot qui tire sur son brule-gueule, flegmatique. Prescieux songe: sa fuite servirait seulement a accroitre la rigueur de la punition. Abattu, terrifie, il s’affale au banc d’un wagon de troisieme. –Le train crache, siffle et tout cahote, par secousses. _SOL_ La comparution devant le conseil de guerre s’impose certaine, inevitable, fatale. Pourtant, dans la vie civile, sa peccadille ferait sourire sans courroucer. Et les institutions sociales ce site qui astreignent au dur asservissement de la loi militaire, il les maudit. Si encore ses parents etaient plus riches, il ne souffrirait qu’un an. Il regarde defiler les murs noircis et abrupts au long desquels stationnent des suites de wagons. Des batisses surplombent jaunes, minables, sans ornements, percees de fenetres ou des femmes cousent, ou fument des vieillards haves. Et il regrette n’etre pas femme ou vieillard. La fumee de la locomotive qui charrie des parcelles de houille vers son visage le force a rentrer la tete.

Le compartiment lui apparait triste, pauvre. Les boiseries brunes se tachent au fond de femmes en deuil et d’enfants barbouilles; dans les box etablis par les dossiers des bancs, des ouvriers s’endorment recroquevilles, le derriere tendant leurs culottes de velours. Aux vasistas s’encadrent des coins de banlieue, des terres montueuses, lepreuses de craie, hirsutes d’herbes roussatres; et des toits neufs tout roses s’amassent jusque l’horizon sous des cheminees industrielles qui soufflent noir. La desesperance affaisse Gustave dans son coin. Tout, par ici, se decouvre laid. Bien plus attrayante la ferme familiale avec les caquetages raisonneurs des volailles qui picorent. Et sa cousine au visage de proprete miroitante, aux yeux de limpide faience se dresse, vision charmeuse, liant les gerbes dans la penombre de la grange. Puis il l’imagine a l’ecurie, et ses bras blancs qui soutiennent les seaux de barbotage.

Et ses caresses sur les croupes chaudes des chevaux qui pietinent. Puis encore il l’imagine au seuil de la maison, tricotant, tres calme. On la lui promet en mariage pour plus tard, apres le service.

Il l’aime bien. A se ressouvenir d’elle ainsi, d’elle, douce et propre, il lui prend une envie de l’embrasser. C’est impossible, a present. Les ordres brutaux, les injures des sous-off vont de nouveau lui secouer ces cheres indolences qui le prennent partout et le possedent insensible par l’admiration muette de ses souvenances.

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