Celui qui jusque-la avait seul parle, s’approcha du condamne aupres duquel don antonio etait venu se

–etes-vous pret? demanda l’inconnu. –Je le suis, repondit froidement don Melchior. –Dressez la potence et allumez les torches, commanda l’homme masque. Il se fit alors un grand mouvement dans la foule, il y eut un instant de desordre; les inities etaient si convaincus que toute fuite etait impossible au condamne, d’ailleurs il etait si peu probable qu’il tentat de se soustraire a son sort que pendant deux ou trois minutes ils se relacherent de leur surveillance.

Don Melchior et son ami profiterent de ce moment d’oubli. –Allons, s’ecria don Antonio, en renversant l’homme place le plus pres de lui, suivez-moi. –Allons, repeta hardiment don Melchior en armant son revolver et saisissant son poignard. Ils se precipiterent tete baissee au milieu des inities frappant furieusement a droite et a gauche, et s’ouvrant passage, le poignard d’une main et le revolver de l’autre. De meme que toutes les actions desesperees, celle-ci reussit par sa folie meme; il y eut une melee effroyable, une lutte gigantesque de quelques minutes entre les inities surpris a l’improviste, et les deux hommes resolus a s’echapper ou a perir les armes a la main; puis, on entendit un galop furieux de chevaux, et une voix railleuse qui criait au loin: –Au revoir! Don Melchior et don Antonio couraient ventre a terre sur la route de Puebla.

Tout espoir de les rejoindre etait perdu; du reste, ils avaient laisse un sanglant sillon derriere eux: dix cadavres etaient etendus sur la terre. –Arretez! s’ecria don Adolfo a ceux qui s’elancaient vers les chevaux, laissez les fuir, don Melchior est condamne, sa mort est certaine; mais, ajouta-t-il par reflexion, quel est donc ce moine maudit? Leo Carral, le mayordomo, se pencha a son oreille.

–Ce moine, je l’ai reconnu moi, dit-il, c’est don Antonio de Cacerbar. –Ah! fit-il avec colere, encore cet homme! Quelques minutes plus tard, une cavalcade, composee d’une dizaine de cavaliers environ, prenait au grand trot la route de la capitale du Mexique. Cette drive master cavalcade etait conduite par don Jaime ou Olivier, ou Adolfo, comme il plaira au lecteur de le nommer.

XXII DON DIEGO Don Melchior de la Cruz, resolu de s’emparer a tout prix de la fortune de son pere, fortune que le mariage de sa soeur menacait de lui faire perdre sans retour, s’etait jete a corps perdu dans la politique, esperant trouver au milieu des factions qui depuis si longtemps dechiraient son pays l’occasion de satisfaire son ambition et son insatiable avarice en pechant a pleine main dans l’eau trouble des revolutions. Doue d’un caractere energique, d’une grande intelligence, veritable condottiere politique, passant sans hesitation comme sans remords d’un parti dans l’autre, selon les avantages qui lui etaient offerts, toujours pret a servir celui qui le payait le plus cher, il etait arrive a se rendre maitre de secrets importants qui le faisaient redouter de tous et lui avaient acquis un certain credit aupres des chefs des partis qu’il avait servis tour a tour; espion du grand monde, il avait su entrer partout, s’affilier a toutes les confreries et les societes secretes, possedant au plus haut degre le talent si envie des plus renommes diplomates, de feindre au naturel les sentiments et les opinions les plus opposes.

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