Celle de ces deux creatures de dieu etait de se rencontrer un jour, contre toute attente,

« Tout en revenant vers Marseille, le marin qui etait le maitre de Jacquot lui apprenait a parler le francais de Provence, et l’animal bien vite le parla couramment, sans comprendre ce qu’il se disait. « L’instruction est-elle un bien? est-elle un mal? _Distinguo_.

Tout depend de la qualite du perroquet. « Tenez, j’ai demande l’autre jour a la fille de mon macon, laquelle a son brevet: « Qu’est-ce que c’est que Victor Hugo? » Elle m’a repondu sans begayer: « C’est le roi d’Italie, monsieur.  » Je parie bien qu’un perroquet n’aurait jamais de lui-meme trouve cette betise.

« Quoi qu’il en site de l’entreprise soit, Jacquot etait deja beaucoup plus savant, et surtout plus experimente que Cabasse, par la raison qu’il avait deja vu des hommes, tandis que Cabasse n’avait jamais vu de perroquet. « Et puis, il faut bien le dire, les paroles que repetent les perroquets tombent quelquefois avec tant d’a-propos, qu’ils vous ont l’air d’avoir une intelligence surprenante. Aussi, ai-je toujours trouve naturel le sentiment de cette vieille devote qui me disait: « –Chaque soir je suis forcee de couvrir d’un voile la cage de ma perruche; elle parle si bien, monsieur Cabissol, que pour rien au monde je ne me deshabillerais devant elle! » « Le maitre de notre perroquet tomba malade a bord du bateau, des le premier jour de la traversee, que le mauvais temps prolongea d’une quinzaine. L’oiseau familier perchait nuit et jour au bord du hamac de son maitre, et il se fortifiait d’heure en heure dans la connaissance du parler _moco_, qui est, comme vous savez, un patois provencal francise, du plus haut ragout. « Le bateau passa un temps a Marseille, puis il arriva un beau soir dans le port marchand de Toulon. « Le matelot, descendu a terre, croyant son perroquet plus apprivoise qu’il n’etait en realite, negligeait souvent de le mettre en cage. . . Il le laissait libre dans sa chambre. Un matin, Coco s’envola.

« Son maitre eut beau le suivre en criant: « Coco! Coco! » par petits bonds et par petits vols il s’eloignait toujours davantage. « Quand la nuit vint, la poursuite fut abandonnee. Le lendemain Coco etait arrive sur les cimes boisees du Coudon, a quatre lieues de notre premier port militaire, a huit cents metres au-dessus du niveau de la mer. « De la Coco pouvait voir toute la Mediterranee au sud, sur sa tete le plus beau ciel du monde, et Draguignan du cote de l’est. « Le surlendemain, des la premiere pointe du jour, il s’envola vers le chef-lieu en recitant aux echos des montagnes son repertoire: fragments de romances, jurons de bord, mots sales du gaillard d’avant. Il dejeunait a toute minute d’une olive ou d’une amande, puis repartait d’un vol plus decide vers les collines qui entourent Draguignan. « Et voila que le soir du troisieme jour, un peu avant le coucher du soleil, Coco vint se percher sur le frele amandier qui se dressait au bord de l’aire, a trente pas de la bastide de Marius-Sidoine Cabasse, sur le coteau, au-dessus de Figanieres. « Cabasse, petrifie d’etonnement en voyant l’oiseau inconnu, s’ecria: « –Oi! ve! une poule verte! » « Puis, sans autre reflexion, il rentra querir son fusil, et du seuil de sa maison il epaula.

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