–ceci est mieux, dit railleusement el rayo, seulement un peu trop haut, voyons l’autre

Exaspere par cette derniere raillerie, don Felipe lacha la detente.

La balle alla frapper le roc a un pouce au plus au-dessus de la tete de l’inconnu. Il ne restait plus qu’une balle dans le revolver. –Faites cinq pas en avant, dit el Rayo; peut-etre ne perdrez-vous pas votre dernier coup.

Sans repondre a ce mordant sarcasme, l’officier bondit comme une bete fauve, se placa a quinze pas et tira. –A moi, dit froidement l’inconnu en se reculant pour retablir la premiere distance; vous avez oublie de vous decouvrir, caballero, ceci est un manque de politesse que je ne saurais tolerer. Saisissant alors un des pistolets passes a sa ceinture, il l’arma, etendit le bras et tira sans se donner la peine de viser. La coiffure de l’officier enlevee de sa tete alla rouler sur la poussiere. Don Felipe poussa un rugissement de bete fauve. –Oh! s’ecria-t-il, vous etes un demon! –Non, repondit el Rayo, je suis un homme de coeur. Maintenant, partez, je vous laisse la vie.

–Oui, je pars, mais, homme ou demon, je vous tuerai; je le jure. Dusse-je vous poursuivre jusqu’au fond des enfers.

El Rayo s’approcha de lui, le prit violemment par le bras, l’entraina a l’ecart et, soulevant le voile qui cachait ses traits, il lui fit voir son visage. –Vous me reconnaitrez a present, n’est-ce pas? lui dit-il, d’une voix sourde; seulement souvenez-vous que maintenant que vous m’avez vu face-a-face, notre premiere rencontre sera mortelle; partez. Don Felipe ne repliqua pas, il remonta a cheval, se mit a la tete de ses soldats effares, et reprit au galop la route d’Orizaba. –Cinq minutes plus tard, il ne restait sur le plateau que les voyageurs et leurs domestiques. El Rayo, profitant sans doute du moment de desordre et de surprise cause par la fin de cette scene, avait disparu. V L’HACIENDA DEL ARENAL Quatre jours s’etaient ecoules depuis les evenements rapportes dans notre dernier chapitre; le comte Ludovic de la Saulay et Olivier cheminaient encore cote a cote; mais le lieu de la scene avait completement change. Tout autour d’eux, s’etendait une immense plaine couverte d’une luxuriante vegetation coupee par quelques cours d’eau, sur les bords desquels s’accroupissaient les humbles huttes, de plusieurs pueblos peu importants; des troupeaux nombreux paissaient ca et la, surveilles par des vaqueros a cheval portant la reata a la selle, la machette au cote et la longue lance au crochet. Sur une route, dont les detours tranchaient en jaune sur la teinte verte de la plaine, apparaissaient, comme des points noirs, des recuas de mulas qui se pressaient vers des montagnes neigeuses qui fermaient au loin l’horizon; des bouquets d’arbres, gigantesques, accidentaient le paysage, et un peu drive-master.com sur la droite, au sommet d’une colline assez elevee, se dressaient orgueilleusement les murailles massives d’une importante hacienda. Les deux voyageurs suivaient, au petit pas, les derniers detours d’un sentier etroit qui descendait en pente douce dans la plaine; a un moment donne le rideau d’arbres qui masquait leur vue s’etant ecarte a droite et a gauche, le paysage sembla tout a coup surgir devant eux, comme s’il avait ete subitement cree par la baguette magique d’un puissant enchanteur.

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