–ce qu’il y a de plus simple, vois-tu, conclut le sergent, c’est d’aller trouver le lieutenant

Justement je vais lui porter le rapport; tu n’as qu’a venir avec moi. Mais, tu sais, tu t’es fichu dans un sale petrin. Plusieurs fois encore, Gustave Prescieux sollicite une reponse encourageante. L’autre ne la donne pas, mais il emet des potins de regiment; il cite des cas disciplinaires; il dit ses chances d’avancement et commente les lubies des superieurs.

Le jeune soldat ressent une haine pour cet homme arrive, certain d’etre recu a Saint-Maixent. Il y a des caracteres comme ca, capables de tout endurer, et bas. Par malheur, lui, se trouve etre d’une autre pate; il ne fera point de platitudes, lui. Les diatribes du revolutionnaire Leon affluent en sa memoire: un fameux bougre, ce Leon; aussi tous les patrons le harcelent comme le harcelent, lui, tous les chefs. Et il evoque les nuits passees a la salle de police, les consignes au quartier pendant lesquelles on arrache l’herbe des cours en regardant sortir tout flambants les permissionnaires. Les deux soldats longent les boutiques pleines de femmes bavardes et gesticulantes. Au coin de la place, la claire vitrine d’une patisserie protege des gateaux cremeux, appetissants, des sacs de bonbons a faveurs soyeuses, qui presentent, sur leurs panses, des figures de dames decolletees et riantes. Et ce spectacle lui fait naitre l’image d’un interieur en fete, la reminiscence de sages ivresses en l’honneur d’une premiere communion, celle de sa cousine. Il songe a la table illuminee, au gateau de Savoie supportant une figurine en platre, nantie d’un cierge et d’un missel.

Un attendrissement lui brouille la vue des choses et assourdit l’intermittente reflexion de Berdot: « C’est tout de meme une sale histoire.  » Maintenant, le jeune homme se complait a reunir pour un ensemble delicieux les traits mievres de la premiere communiante toute pale en sa blanche robe, coiffee d’un bonnet vieillot qui enserre la mince frimousse de fillette obstinement grave. –Tiens, voila le lieutenant! Et Berdot indique devant un cafe des officiers qui causent et qui rient.

_DO_ Gustave Prescieux laisse le sergent s’avancer. Un tres jeune sous-lieutenant recoit le rapport sans mouvoir la tete ni rompre la conversation qui hilare ses collegues; puis, les epaules encore tressautantes, il feuillette. Quand il a fini, Berdot designe son compagnon et s’explique, militairement immobile.

Et Prescieux, en tremblant, suppute les motifs capables de pallier sa faute et ceux qui justifieraient son chatiment. Et toujours, la peine lui semble inevitable, par logique, bien qu’il possede la tres intime persuasion d’une delivrance. Subitement, l’officier sourit et il lance cette exclamation meprisante: –En voila un imbecile! Mais je n’y peux rien, moi, rien du tout. Que voulez-vous? Tant pis! Il leve en l’air ses bras galonnes, nie que puissent etre utiles ses bonnes intentions. Il appelle le fautif.

Aux questions de ses superieurs, le site Prescieux repond a peine.

Son malheur l’ahurit.

Tout lui semble egal maintenant, rien ne le pouvant plus secourir.

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