Ce personnage mysterieux etait parfaitement renseigne sur tout ce qui se passait sur le territoire de

Chose plus etrange encore que tout ce que nous avons rapporte, c’est que el Rayo etait toujours seul et qu’il n’hesitait jamais, quel que fut le nombre de ses adversaires, a leur barrer le passage. Nous devons ajouter que l’influence que sa presence exercait sur ceux-ci etait tellement grande, que sa vue suffisait pour arreter toute velleite de resistance et qu’une menace de lui faisait courir un frisson de terreur dans les veines de ceux a qui il l’adressait.

Les deux presidents de la Republique, tout en se faisant une guerre a outrance pour se supplanter l’un l’autre, avaient, chacun en particulier, essaye a plusieurs reprises de delivrer la grande route d’un caballero si incommode et qui leur semblait etre un dangereux competiteur, mais toutes leurs tentatives pour obtenir ce resultat avaient echoue d’une facon deplorable: el Rayo, on ne sait comment, mis en garde et parfaitement renseigne sur les mouvements des soldats envoyes a sa recherche, apparaissait toujours a l’improviste devant eux, dejouait leurs ruses et les contraignait a se retirer honteusement. Une fois cependant, le ici gouvernement de JuArez espera que c’en etait fait d’el Rayo et qu’il n’echapperait pas aux mesures prises pour s’emparer de sa personne. On avait appris que, depuis quelques jours, il passait toutes les nuits couche dans un rancho situe a peu de distance de Paso del Macho: un detachement de vingt dragons, commande par Carvajal, un des guerilleros les plus cruels et les plus determines, fut immediatement et dans le plus grand secret expedie a Paso del Macho. Le commandant avait l’ordre de fusiller son prisonnier aussitot qu’il serait parvenu a s’emparer de lui, afin, sans doute, de ne pas lui laisser le loisir de tenter une evasion pendant le trajet de Paso del Macho a la Veracruz. Le detachement partit donc en toute hate; les dragons, auxquels on avait promis une forte recompense s’ils reussissaient dans leur scabreuse expedition, etaient parfaitement disposes a faire leur devoir, honteux d’etre depuis si longtemps tenus en echec par un seul homme, et brulant de prendre enfin leur revanche. Les soldats arriverent en vue du rancho; a deux lieues environ de Paso del Macho, ils avaient fait rencontre d’un moine qui, le capuchon rabattu sur le visage et monte sur une mauvaise mule, trottinait en marmottant son chapelet. Le commandant avait invite le moine a se joindre a sa troupe, ce que celui-ci avait accepte avec une certaine hesitation. Au moment ou le detachement, qui marchait un peu a la debandade, allait atteindre le rancho, le moine mit pied a terre. –Que faites-vous donc, padre? lui demanda le commandant. –Vous le voyez, mon fils, je descends de ma mule; mes affaires m’appellent dans un rancho peu eloigne, et tout en vous laissant continuer votre route, je vous demande la permission de vous quitter, en vous remerciant de la bonne societe que vous avez bien voulu me faire depuis notre rencontre. –Oh, oh! fit le commandant en riant d’un gros rire, il n’en sera pas ainsi, senor padre, nous ne pouvons nous separer de cette facon.

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