Ce personnage bizarre avait ete roi quelque temps d’une peuplade de negres chasseurs, tributaires du negus

Plus tard, il avait ete, durant trois annees, un peu medecin du schah de Perse qui, disait-on, l’avait paye d’une cargaison de pierres precieuses.

Caboufigue etait trente fois millionnaire et il etait en passe de doubler sa fortune, grace a une operation extraordinaire qu’il dirigeait en Amerique. Au fond, c’etait une maniere d’homme de genie.

Le genie des affaires n’exige pas l’elevation des idees et des sentiments.

C’est meme souvent le contraire. Caboufigue, sous sa redingote etablie par l’un des meilleurs faiseurs parisiens, avait l’air d’un roulier normand plutot que d’un parvenu provencal.

Il continuait a s’exprimer dans un francais canaille seme de locutions triviales. Il parlait, si l’on veut, la langue de Maurin. Mais Maurin la parlait en homme de la nature et Caboufigue en homme des rues. Cependant Caboufigue avait trois secretaires, tous trois licencies en droit. Caboufigue, qui avait quarante-deux ans, avait epouse dans sa jeunesse la fille d’une epiciere de Sainte-Maxime, Amelie, qu’il appelait Melia et qui savait a peine lire, mais qui prenait encore aujourd’hui, a quarante ans, des lecons de grammaire, d’orthographe, de piano, de mandoline et de danse. Sa femme et lui avaient, comme beaucoup d’autres parvenus, le gout le plus vif pour la noblesse; mais pourtant, on doit le dire, ils ne reniaient ni leurs origines ni leurs anciens amis. Cela les eut reduits a une quasi-solitude. Caboufigue avait un fils a Paris, gommeux d’importance, qui venait de temps en temps chasser a Porquerolles avec quelques desoeuvres. Caboufigue possedait l’ile de Porquerolles.

Il avait fait construire la un magnifique chateau, d’ou l’on apercevait toute la cote avec ses golfes et ses caps, d’un cote jusqu’a Camara, de l’autre jusqu’a Saint-Mandrier drive-master.com et a la rade de Toulon.

Or, Maurin, deux heures apres son depart du Lavandou, tranquillement assis sur la terrasse du chateau de l’ile d’or, disait a Caboufigue: –Pas possible! alors, tu l’as reconnue?. . . a Paris? C’est bien elle? –Voui, c’est bien elle, la mere de Cesariot! Je ne l’avais, d’ailleurs, jamais perdue de vue. –Et qui a-t-elle epouse? –Je ne peux pas te le dire, fit Caboufigue d’un air important.

. . Tu comprends, j’ai de grandes affaires, la-bas, a Paris, avec les plus gros messieurs. . . je ne veux pas compromettre mes interets. Il y a des choses que je ne dois pas dire. Et puis, a quoi ca te servirait-il, he? –Bougre! fit Maurin, comme ca elle a epouse un si gros monsieur!. . . quelque prefet peut-etre? –Mieux que ca! –Oi! un general? –Mieux que ca! –Le fils du president de la Republique? –Mieux que ca! –Noum de pas Diou, fit Maurin, si par malheur il y avait encore des rois, je dirais: le roi? Et il ajouta philosophiquement: –Je crois que je leur porte bonheur a mes femmes. Apres m’avoir eu, elles reussissent toutes. . . Du reste rien ne m’etonne. Tu as bien ete roi quelque part, toi. –Oh! des negres, dit modestement Caboufigue.

–Mon Dieu! tu n’es pas tres blanc toi-meme, dit finement Maurin en clignant de l’oeil vers Caboufigue, comme pour lui faire avouer la noirceur de son ame.

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