Ce fut pendant cinq ans une vie d’affres et de delices: les flambeaux de l’amour brulerent

Elle le regarda s’eteindre, le coeur ulcere de remords, mais impuissante a commander a la rebellion de ses sens.

Et lui, deja touche par la mort, il revenait encore, un melancolique sourire sur ses levres palies et du bonheur au fond de ses yeux agrandis par la fievre, il revenait, encore et toujours, respirer les lys de ce corps de deesse, ces lys plus mortels que la fleur du mancenillier.

Ainsi par un crepuscule d’automne, comme les feuilles mortes commencaient a tournoyer le long des boulingrins jaunis, il rendit l’ame dans un dernier baiser. II Pendant les premiers mois qui suivirent la mort du comte, le desespoir de Diane fut tel qu’on eut a craindre pour sa raison.

Peu a peu pourtant sa douleur s’apaisa, et une prostration muette suivit l’exaltation delirante. Avec drive-master.com l’accalmie relative des regrets, la nature reprit ses droits: l’exasperee fermentation des lancinants desirs se mit a battre de nouveau dans ses veines de femme _chaude_, ses nuits furent hantees par de hideux cauchemars que d’extenuantes mortifications monastiques ne parvinrent pas a exorciser. Souvent, reveillee en sursaut, en butte a des tentations hallucinantes, elle tombait a genoux devant la niche de la Madone, implorant, avec des sanglots, l’absolution de l’inconsciente frenesie qui lui brulait le sang, ou bien encore, apres avoir erre comme une apparition desolee par les sombres corridors du chateau, elle passait la nuit jusqu’aux premiers rosissements de l’aube, dans le large periptere ouvert sur l’etang ou pleurent les sarcelles, debout, son front fievreux contre le marbre des colonnades, aspirant avec avidite le vent charge de brume.

Honteuse, elle se surprenait a convoiter les bras musculeux des jardiniers ou les mollets charnus des valets de chambre.

Parfois, elle pensait aussi a se remarier. Alors un fantome connu, tres pale, avec un doux sourire plein de reproches, se dressait devant ses yeux epouvantes, pour lui rappeler qu’elle lui avait jure a son lit de mort de ne jamais laisser souiller sa couche par un autre homme. Ainsi, l’oeil cercle de bistre, le facies torture par de nevriques spasmes, elle languissait et s’etiolait, cette Mimalone condamnee au celibat par un serment irrevocable. III C’etait par un apres-midi de la fin-printemps. Le ciel, dans la chaleur torride, semblait une fournaise chauffee a blanc; les libellules maraudaient par les nympheas des eaux figees, les nids s’egosillaient dans les claires frondaisons; une langueur amoureuse passait dans l’air alourdi. La comtesse Diane, melancoliquement accoudee a sa fenetre, laissait errer ses regards distraits par la campagne verte. Soudain une scene inopinee attira son attention. Derriere un buisson bas de caryophylees, Tom et Giselle, ses levriers favoris, se copulaient librement au soleil. La comtesse ferma la fenetre et rentra reveuse. Depuis ce jour-la, Tom, le beau levrier d’ecosse, gorge de friandises, ne quitte plus sa maitresse.

Diane a presque repris ses fraiches couleurs d’autrefois.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *