Ce fut le coup de grace pour les jeunes gens, ils perdirent completement contenance

Les moqueuses enfants les regarderent un instant a la derobee, puis elles eclaterent d’un rire si franc, si soudain, que le comte et Dominique en palirent de depit.

–Vive Dieu! s’ecria le vaquero, en frappant du pied avec colere, c’est aussi etre trop mechant de nous punir ainsi d’une faute que nous n’avons pas commise. –Don Adolfo nous a retenu malgre nous, dit le comte. –Vous avez vu don Jaime? demanda dona Maria.

–Oui, madame, cette nuit vers onze heures il est venu nous visiter.

Les jeunes gens prirent alors des sieges et la conversation continua sur un ton enjoue.

Dona Carmen et Dolores continuerent a les lutiner; elles etaient heureuses de leur avoir fait perdre aussi completement contenance, bien qu’elles leur gardassent interieurement rancune de ne pas avoir ete comprises, sur le sentiment qui dictait leurs reproches. Quant au comte et a Dominique, ils se sentaient heureux de se trouver pres de ces belles et naives jeunes filles; ils s’enivraient au feu de leurs regards, ecoutaient avec ravissement la douce musique de leur voix, sans penser a autre chose qu’a jouir le plus longtemps possible du facile bonheur qui leur etait ainsi procure. Toute l’apres-diner s’ecoula ainsi pour eux avec la rapidite d’un songe. A neuf heures du soir ils se retirerent.

Ils regagnerent leur maison sans echanger une parole. –As-tu envie de dormir? demanda le comte a son ami des qu’ils furent dans leur appartement. –Ma foi non, repondit celui-ci; pourquoi? –C’est que je desirerais causer avec toi. –Ma foi, mon ami, cela se trouve parfaitement; moi aussi j’ai a te parler. –Ah! fit le comte; eh bien, si tu le veux nous causerons tout en fumant un cigare et en buvant un grog. –Je ne demande pas mieux. Les deux jeunes gens s’installerent en face l’un de l’autre et allumerent leurs cigares. –Quelle charmante journee nous avons passee! dit le comte. –Comment en pourrait-il etre autrement, repondit Dominique, aupres de personnes aussi aimables? Et comme d’un commun accord les jeunes gens soupirerent.

Le comte sembla tout a coup prendre une resolution.

–Voyons, dit-il ici a son ami, veux-tu etre franc? –Avec toi surtout je le serai toujours; tu le sais bien, repondit Dominique. –Eh bien! ecoute, tu sais que je suis depuis quelques mois a peine au Mexique, mais ce que tu ne sais que vaguement c’est le motif qui m’a conduit dans ce pays. –Je crois t’avoir entendu dire que tu etais arrive ici dans l’intention d’epouser ta cousine, dona Dolores de la Cruz. –C’est la verite, mais ce que tu ignores, c’est la facon dont ce mariage a ete convenu, et les raisons qui m’empechent de le rompre. –Ah! fit Dominique. –Je serai bref; sache donc que tout enfant encore, d’apres les conditions d’un pacte de famille, je fus fiance a ma cousine dona Dolores dont j’ignorais meme l’existence; devenu homme, mes parents me sommerent de remplir l’engagement que sans me consulter ils avaient pris en mon nom. Malgre la repugnance toute naturelle que j’eprouvais pour cette union etrange avec une femme que je ne connaissais pas, il me fallut obeir.

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