Car il y a un siecle,–ne l’oubliez pas!–la mere et les ancetres des deux celebres soeurs

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. Voila, messieurs et dames, des titres de noblesse qui en valent bien d’autres. Rejouissez-vous donc a travers vos larmes, tout au fond de vos coeurs, dans l’esperance, que dis-je? dans la certitude des recompenses eternelles que le ciel doit a la probite commerciale unie a l’elevation des sentiments qui sont la gloire de l’humanite!. . . Adieu, Adelaide! tu ne pouvais pas partir sans qu’une parole de justice, de reconnaissance et d’amour fut prononcee sur ta tombe. Adieu, pieuse Adelaide, si pieuse que ta boutique est connue a Aiguebelle sous le nom de la boutique des _Deux Devotes_,–car ta chere et malheureuse soeur partage des ce monde ta pure renommee, comme elle partagera un jour,–le plus tard possible,–ta gloire immortelle dans le ciel! » « Bedarride se tut. Il essuya ses yeux d’ou coulaient de vraies larmes. « Il se pencha vers moi: « –Vous le croirez ou non, monsieur Cabissol, je ne la connaissais ni des levres ni des dents. Eh bien! il me semble que je l’ai toujours connue.

 » « Anastasie, secouee par les sanglots, tomba a demi pamee dans les bras de Mme Labaudufle. . . « Alors, doucement, bien doucement, Bedarride lui souffla a l’oreille: –J’espere que vous etes contente, ma bonne demoiselle?. . .  » « Il prit un temps, puis: « –C’est cinque franques! » ajouta-t-il. « Machinalement, l’honnete commercante chercha sa poche, d’une main tremblante. « –Non, non, dit Bedarride discret. . . je passerai chez vous. Pas ici. . . Ici, voyez-vous, ca me ferait trop de peine! » « Et il disparut, apres m’avoir serre la main. –Et vraiment, dit le prefet, il pleurait de vraies larmes pour cinq francs? –Vous lui faites injure. Il pleurait comme pleurent les acteurs et les romanciers sur les situations douloureuses que leur imagination leur represente vivement.

Seulement, il pleurait, lui, aide par son imagination, sur des douleurs trop reelles. –Mais, dit le prefet, voila qui nous a entraine fort loin de notre Maurin. –En aucune facon, dit Cabissol. Maurin incarne une race, mais il ne saurait, a lui tout seul, drive-master.com nous en donner tous les traits particuliers. Isole, il perdrait, croyez-moi, quelque chose de son caractere. J’avais besoin de vous montrer l’_ambiance_ autour de lui. Il est un roi.

Comme tel, il a plus de dignite que son peuple; et, meme quand il rit, il garde encore une certaine gravite et toute sa noblesse. Comment, sans l’amoindrir, separer le roi de son peuple? Le serieux de ce peuple et sa gaiete, ses heros et ses fantoches, ses simplicites et son genie, voila ce qu’il faut voir si on veut l’admirer, lui, le roi, comme il le merite. Le prefet s’etait leve.

–On m’attend, dit-il, au Conseil general. Venez me voir aussi souvent qu’il vous plaira, monsieur Cabissol. . . Vos histoires sont bonnes; vous etes ici chez vous. Et chacun d’eux alla a ses affaires. CHAPITRE VI Maurin, prince des braconniers, duc des maires, empereur des gendarmes, roi des Maures, fait la police de son royaume. Les trois vagabonds auxquels le bienveillant Maurin avait offert du tabac se trouvaient etre de tres dangereux malfaiteurs, trois echappes de prison.

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