Cabissol explique le role du chapeau haut de forme considere dans ses rapports avec le jeu

M.

Desorty et M. Cabissol repartirent ensemble pour Draguignan. Quand ils furent installes dans leur wagon: –Eh bien, mon cher monsieur Cabissol, dit le prefet, il me semble que vos calmes Meridionaux ont secoue leur indolence dans cette aventure-ci.

–Ils sont indolents a la facon des poetes, mon cher prefet; sobres comme l’Arabe, et dedaigneux de l’effort qui accroitra leur bien-etre, mais, ne vous y trompez pas, actifs, resistants et hardis, des qu’il s’agit de prendre part a une « aventure » qui met en mouvement leur imagination.

« Durant la campagne de Russie, savez-vous bien que les Provencaux, d’apres les rapports des medecins, se montrerent les plus endurants et les plus gais parmi tous les heros aguerris qui suivaient le grand Empereur? « D’autre part, ils sont bien les cousins germains de cet Arabe a qui un colon offre un sou pour qu’il consente a lui tirer un seau d’eau a son puits. L’Arabe tire le seau et prend le sou. « –Allons, Mohammed, encore un seau. .

. tu auras encore un sou. « –Roumi, dit l’Arabe, je n’ai, pour l’heure, besoin que d’un sou. C’est pourquoi tu peux, si cela te convient, tirer toi-meme un second seau de ton puits. Moi je suis pour l’heure assez riche.  » « Convenez que cela ne manque pas d’allure, et, qui sait? de sagesse peut-etre. –Hum! dit le prefet, au point de vue social.

. . Enfin!. . .

Et vos Provencaux sont de cette force? –Avant-hier, drive-master.com continua M. Cabissol, j’etais a la campagne chez un de mes amis, pres de Draguignan, et nous regardions son cheval de labour, qui, les yeux aveugles par les oeilleres bombees, tournait en rond, mettant en mouvement l’engrenage de la _noria_ (puits a roue).

« Or, une branche de cerisier, horizontale, tres longue, venait a chaque tour de piste heurter la pointe du collier d’attelage. Le cheval, sentant le heurt, faisait mine de s’arreter. . . puis la branche glissait, egratignant le cuir, et, apres avoir surmonte la pointe du collier, elle reprenait sa position, tandis que l’animal reprenait sa marche. A chaque tour de piste, il retrouvait le meme obstacle, subissait la meme impression, ralentissait, brusquement repartait.

Et ainsi de suite. « A vingt pas a peine de la noria, le fermier, tout en surveillant sa bete, bechait mollement ses oignons. « Mon ami l’interpella: « –Eh, Toine? voila une branche qu’il faut couper! « –Sur, qu’il faudrait la couper! repliqua Toine. Je m’en suis bien apercu depuis l’annee derniere! il faudra que j’apporte, un jour, le couteau-scie!!! « –Et si vous alliez le chercher, Toine, le couteau-scie? ca n’est que trente pas a faire, d’ici a votre maison.

« –Oh! repondit Toine en se remettant a becher ses oignons avec mollesse, je l’apporterai demain,–si je ne l’oublie pas!!!!! car c’est vrai que cette branche maudite abime tout le cuir du collier!!!!!!! et puis. . . ca donne au cheval une bien mauvaise habitude!!!!!!!!! » « Mon ami, qui est du pays et qui a chez lui ce fermier, tres brave homme, depuis trente ans, alla vers le cerisier, et prenant la branche a deux mains, il la rompit sans faire aucune reflexion.

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