Cabissol avec beaucoup de vivacite, et je soutiens que maurin est un idealiste, qu’il croit a

–Eh! je ne vous dis pas autre chose a vous-meme, mon cher Cabissol; vous voyez trop facilement en beau les etres et les choses: je vous crois incapable d’accepter l’idee d’un petit defaut dans notre Maurin ou d’une tache au soleil. C’est un tort. –C’est a moi que vous faites ce reproche? Voyons, mon cher monsieur Rinal, ecoutez-moi bien, je suis sur que vous pensez comme moi: Maurin, a mes yeux, represente la partie spirituelle de notre pays, l’ame populaire de nos campagnes. Il marche en avant, c’est un guide.

Pastoure, lourd et sentimental, le suit et le suivra partout et toujours. Et, a eux deux, avec leur gaucherie, leur suffisance et leurs insuffisances (on n’est pas parfait), ils nous sauveraient,–ne fut-ce que par leur gaite–de plus d’un chagrin national! Donc, les individus nommes Maurin et Pastoure meritent d’exciter mon enthousiasme et le votre, d’autant plus que,–j’en conviens,–chez beaucoup de nos paysans, la conscience est encore a l’etat de nebuleuse. . . –A la bonne heure! dit M. Rinal, mais j’etais en droit de vous demander une explication. . .

Ah!. . .

voici Maurin. Maurin entra, serra les deux mains amies et s’assit modestement sur le bord d’une chaise. –Au moment ou vous etes entre, mon brave Maurin, dit M. Cabissol, j’allais conter a M. Rinal une conversation que j’ai eue, l’autre matin, avec un paysan de ma connaissance, un nomme Magaud. –Je ne le connais pas, dit Maurin. –Nous vous ecoutons, dit M. Rinal qui se renversa dans son fauteuil.

–Je commence, dit M. Cabissol. Cela pourrait s’intituler: LE BON CONSEIL DE MAITRE MAGAUD « Tout au bord de la route, maitre Magaud, qui est un grand maigre, silencieusement bechait, sous le soleil de midi. « Sa chemise bleue, ouverte en triangle, laissait voir sa poitrine presque noire. Il soulevait par-dessus sa tete, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche a deux dents, et, s’inclinant tout a coup, il la piquait a toute volee dans la terre dure, brusquement fendue. –Je le vois, dit le site M. Rinal.

–Alors, poursuivit M.

Cabissol, il saisissait par l’extremite le manche de bois horizontal, il le tirait a lui de bas en haut, et la force du levier detachait un gros bloc dentele de cette terre semblable a de la rocaille. Cette motte a peine rejetee derriere lui, Magaud recommencait son mouvement toujours pareil, avancant d’un pas tous les quarts d’heure. « Magaud, depuis le jour leve, executait cette monotone manoeuvre ou, parfois, il mettait de la colere. « –Eh bien, lui dis-je passant par la, ca se fait-il? « –Elle se refuse, la gueuse! » « Elle, c’est la terre. « –Alors, lui dis-je, c’est trop dur? « –Quand ce n’est pas trop dur, repondit-il, c’est trop mou, et ca ne vaut pas mieux.  » « Sur la route, un bruit de charrette arrivait, grincement de bois et de ferraille.

Je regardai derriere nous. Au tournant, la-bas, un petit ane apparut d’abord, entre deux traits de corde, tout laches.

–Pardi! fit Maurin, un ane n’est pas une bete; a moins d’etre tout seul, il tire le moins qu’il peut.

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