Cabissol a penetre tous les dessous de l’ame populaire, en lui entendant raconter _le bon conseil

Maurin avait tort d’accuser d’ingratitude les Plantouriens. Le maire du Plan-de-la-Tour etait un esprit juste. Il parvint a calmer l’opinion publique, parce que, sans le dire trop haut, il trouvait assez raisonnable l’action de Maurin. Il temporisa, fit le severe a haute voix, jura au garde qu’il saurait le faire respecter, assura a son adjoint que s’il s’etait revetu de ses insignes, Maurin se fut montre plus respectueux. Il redigea de gros rapports menacants, mais declara qu’il les garderait pour les relire et les rendre plus terribles.

Et finalement le Plan-de-la-Tour, aujourd’hui, pense avec une gaite spirituelle a cette memorable matinee ou deux paiens qu’il approuve, contraignirent saint Martin a se separer enfin d’une moitie de son manteau. Huit jours apres l’aventure, on ne songeait plus a chatier le coupable.

L’histoire etait devenue simple matiere a plaisanterie. Les plus devots en riaient a pleine gorge.

Ils taquinaient la-dessus le cure et le bedeau jusqu’a les emmalicer; et quant au garde champetre, il en conserva le surnom pittoresque de _Cuou l’embaro_, qui signifiait que son derriere trop lourd l’entrainait jusqu’a le faire choir sans autre cause. Les gamins du village l’appelaient ainsi du plus loin, en sorte que de ce _Cuou l’embaro_ sortit plus d’un _prouce-barbaou_, mot qui, en langue d’amour ou langue provencale, signifie proces-verbal.

L’histoire de la culotte de saint Martin devint celebre en moins de deux jours d’un bout a l’autre du massif des Maures, car la diligence de Cogolin l’avait emportee le lendemain toute chaude a Draguignan. Les gens de Figanieres s’en etaient regales des le surlendemain, et, a Bormes, M. Cabissol disait a M. Rinal: –Notre Maurin, cette fois, a depasse Napoleon.

Il se hausse a la taille d’un Don Quichotte, ce Cesar du pur ideal.

Jamais Napoleon ne declara la guerre pour une cause vraiment humaine, comme l’a fait cette fois notre voir la page Maurin; et, dans Cervantes, ni l’attaque des moulins a vent, ni celle de la chaine des forcats, n’ont la beaute purement morale de cette aventure-ci. Seule l’egale celle des marionnettes. Notre pauvre Maurin est donc perdu: il combat decidement pour l’ideal! C’est un philosophe chretien. C’est peut-etre un precurseur, mais il a tout l’air d’un attarde. Il a perdu de vue, faute sans doute d’y avoir jamais reflechi, ce mot immortel du cardinal de Retz qui dit que la sagesse consiste a connaitre « le vrai point des possibilites ».

–Comme vous grandissez votre heros! dit M.

Rinal. A ce compte, l’ineffable Pastoure, avec son coup de fusil a l’adresse du bon Dieu, serait grand comme Promethee en personne defiant l’Olympe du haut du Caucase! –Et il n’est ni plus ni moins, dit M. Cabissol. Ce sont ici des geants comiques mais heroiques.

Pastoure fusillant le ciel, c’est encore, si vous le voulez, M.

de Voltaire conviant Dieu, s’il existe, a secher son ecritoire! Mais ce qu’il y a de particulier en Pastoure, c’est, comme toujours, la race; voila ce qu’il faut admirer en lui.

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