–ca, fit don diego, maintenant que nous voici parfaitement repus, graces a dieu et a saint

–Je ne demande pas mieux, repondit celui-ci avec un fin sourire. –Eh bien, reprit don Diego, je vous dirai que j’ai entretenu hier le general d’une affaire que je comptais vous proposer; savez-vous ce qu’il m’a repondu? Ne faites pas cela, mon cher don Diego, malgre ses hautes capacites, le colonel don Felipe est un niais imbu des prejuges les plus ridicules, il ne comprendrait pas la grande portee patriotique de l’affaire que vous lui proposeriez, il ne verrait que l’argent et vous refuserait en vous riant au nez, bien que cependant vingt-cinq mille piastres forment une fort belle somme; et il termina en ajoutant: soit, puisque vous lui avez donne rendez-vous, allez le trouver; ne serait-ce que pour la singularite du fait, vous verrez, si par hasard vous vous avisez de parler de cette affaire, comment il vous fermera la bouche et vous renverra, vous et vos vingt-cinq mille piastres, avec votre courte honte. –Hum! fit le colonel auquel l’enonciation du chiffre avait donne fort a reflechir. Don Diego l’examinait drive master du coin de l’oeil. –Aussi, reprit-il en jetant sa cigarette, toutes reflexions faites, je me range a l’avis du general et je ne vous parlerai de rien.

–Ah! fit encore le colonel. –Cela me chagrine, je l’avoue, mais il faut que j’en prenne mon parti: j’irai trouver Cuellar, peut-etre lui ne sera-t-il pas aussi meticuleux. –Cuellar est un drole, s’ecria don Felipe avec violence. –Je le sais bien, repondit don Diego doucement, mais que m’importe, en lui donnant une dizaine de mille piastres d’avance, je suis certain qu’il acceptera ma proposition, qui du reste a cela de fort avantageux qu’elle est excessivement honorable. Le colonel remplit les verres, il semblait preoccupe. –Diable, dit-il, c’est un beau denier que vous donnez la, dix mille piastres. –Tout autant, cher seigneur; vous comprenez bien, n’est-ce pas? Que je ne suis pas homme a mettre ainsi gratuitement une affaire sur les bras d’un de mes amis. –Mais Cuellar n’est pas de vos amis. –C’est vrai; voila pourquoi je regrette de m’adresser a lui. –Mais de quoi s’agit-il donc, en fait? –C’est un secret. –Ne suis-je pas votre ami? Soyez assure que je serai muet comme une tombe. Don Diego parut reflechir. –Vous me promettez le silence? –Je vous le jure sur l’honneur. –Oh! Bien, rien ne m’empeche de parler alors. Voici tout simplement ce dont il s’agit: je ne vous apprendrai rien, colonel, en vous disant que de nombreux espions, servant a la fois les deux causes, vendent sans scrupule aucun, a Miramon, les secrets de nos operations militaires, de meme qu’ils se font payer a beaux deniers comptants les renseignements qu’ils nous fournissent sur celles de l’ennemi. Or, le gouvernement de Son Excellence don Benito JuArez a, en ce moment, les yeux ouverts sur les machinations de deux hommes qui sont fortement soupconnes de jouer ce double role; mais les individus dont il s’agit sont doues d’une si merveilleuse finesse, leurs mesures sont si bien prises, que, malgre la quasi certitude morale qui existe contre eux, il a ete jusqu’a present impossible d’obtenir la preuve la plus legere de la verite: ce sont ces deux hommes qu’il faudrait demasquer en s’emparant de leurs papiers, sur la remise desquels quinze mille piastres seraient immediatement comptes en sus des dix mille donnes d’avance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *