Ca c’est pire! ca, je n’y comptais pas, par exemple! et frappe d’une idee et d’une

Alors elle eut honte d’elle, et se voila la face de ses deux bras qu’il ecarta aussitot a deux mains, de toutes ses forces. Et d’une voix lente et calme, mais ou l’on sentait d’autant mieux une farouche resolution: –Il n’y a rien de plus? interrogea-t-il, il n’y a pas de malheur, dis?. .

. Si j’apprenais autre chose, misere site de l’entreprise de moi! je ne repondrais plus de rien! Une fille c’est terrible, quand ca veut!. . . Mais reponds-moi donc, Tonia! Tonia! Tonia! Dis-moi s’il faut que je te tue? dis-le moi! Pourquoi pleurerais-tu tant, s’il n’y avait rien d’autre qu’un braconnier arrete? Pourquoi pleurerais-tu tant, a l’heure ou la prison va faire ce que tu demandais a la Dame des anges, c’est-a-dire te separer de lui, et eloigner ton esprit d’un homme assez mauvais pour etre livre aux juges? Qui te dit que cela meme n’est pas le miracle que tu as demande? car c’est miracle d’etre enfin parvenu a mettre la main sur ce gibier,–et Sandri pour toi a gagne aujourd’hui ses galons de brigadier! A mesure que parlait son pere, elle sentit tout le peril ou elle s’etait mise en laissant voir toute sa douleur. Elle essuya doucement ses larmes, faisant, au dedans d’elle-meme, un grand effort pour demeurer tranquille; puis, calmee en apparence: –Mon pere, dit-elle, je ne vous ai plus parle de lui parce que je me croyais guerie de ma peine; je n’y pensais plus autant, mais c’est bien vrai que, de nouveau, j’y pense toujours; bien vrai que si ce Maurin etait a la place de Sandri, je serais heureuse sans nul regret; bien vrai aussi que je suis toujours reconnaissante du service qu’il m’a rendu, et que ce m’est un creve-coeur de savoir un tel homme en prison et qu’on l’y traine les mains liees. Et quand je songe qu’ils vont passer par ici tout-a-l’heure. . . avec lui! Elle regarda a travers les vitres et poussa un cri: –Les voila! Elle se recula vivement, pour ne pas voir Maurin qu’elle supposait avec les gendarmes dont elle venait d’entrevoir l’uniforme a travers les pins. .

. Sandri pensait bien reprendre ses chevaux ou il les avait laisses, a la cantine du Don, sans entrer chez Orsini, pour n’avoir pas a confesser la ridicule aventure qui venait de lui arriver, mais il comptait sans son futur beau-pere qui lui cria: –Sandri!. . . Ce n’est donc pas vrai, ce qu’on raconte, ou bien avez-vous confie a ceux de Collobrieres l’honneur de conduire l’homme ou il faut?.

. .

Arrive et entre un peu, qu’on boive un coup en parlant de cette affaire! Force fut a Sandri d’accepter l’invitation. –Bonjour, Tonia! fit-il. . .

vous avez les yeux bien rouges? –C’est que je viens, dit-elle, de hacher des oignons.

–Et ton prisonnier, Sandri? interrogea Orsini. Sandri se tut, hesitant. –Le bougre nous a echappe, avoua l’autre gendarme nettement. Tonia regarda Sandri. Il etait pale a faire peine et se mordait la moustache. Elle eut beaucoup de mal pour s’empecher de rire.

Elle ne dit rien et apporta sur la table des verres pour tout le monde, les bouteilles qu’il fallait, puis se mit a soulever et a reposer cent fois les couvercles de ses marmites et les pots a epices alignes par rang de taille sur la haute cheminee.

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