Bien qu’il fut impossible de reconnaitre sa nationalite, ses gestes brusques et saccades, sa parole vive,

Son compagnon, de beaucoup plus jeune, car il ne paraissait avoir que vingt-cinq a vingt-huit ans, etait grand, un peu maigre, et d’apparence non pas maladive, mais delicate; sa taille elegante, elancee et bien prise, ses pieds et ses mains d’une petitesse extreme denotaient la race; ses traits etaient beaux, sa physionomie sympathique et intelligente, empreinte d’une grande expression de drive master douceur, ses yeux bleus, ses cheveux blonds, et surtout la blancheur de son teint, le faisaient tout de suite reconnaitre pour un Europeen des climats temperes nouvellement debarque en Amerique.

Nous avons dit que les deux voyageurs causaient entre eux, ils parlaient francais; leurs tournures de phrases et le manque d’accent laissaient supposer qu’ils s’exprimaient dans leur langue maternelle.

–Eh bien, monsieur le comte, dit le plus age, regrettez-vous d’avoir suivi mon conseil, et, au lieu d’etre cahote par des chemins detestables, d’avoir entrepris ce voyage a cheval, en compagnie de votre serviteur? –Pardieu, je serais fort difficile, repondit celui auquel on avait ainsi donne le titre de comte; j’ai parcouru la Suisse, l’Italie, les bords du Rhin comme tout le monde, et je vous avoue que jamais plus delicieux paysages n’ont frappe mes yeux que ceux que, grace a vous, j’ai le plaisir de voir depuis quelques jours. –Vous etes mille fois bon; le paysage est assez beau en effet, il est surtout fort accidente, ajouta-t-il avec une expression sardonique qui echappa a son compagnon: et pourtant, fit-il avec un soupir etouffe, j’en ai vu de plus beaux encore. –De plus beaux que celui-ci? se recria le comte, en etendant le bras et tracant un demi-cercle dans l’air; oh! Ce n’est pas possible, monsieur. –Vous etes jeune, monsieur le comte, reprit le premier interlocuteur avec un sourire triste, vos voyages de touriste n’ont ete que des voyages d’enfants. Celui-ci vous seduit par le contraste qu’il forme avec les autres, voila tout; n’ayant jamais etudie la nature que dans une stalle de l’Opera, vous ne supposiez pas qu’elle put vous reserver de telles surprises; votre enthousiasme s’est subitement eleve a un diapason qui vous enivre, par la bizarrerie des contrastes qui s’offrent incessamment a vos regards, mais si, comme moi, vous aviez parcouru les hautes savanes de l’interieur, les prairies immenses ou errent en liberte les sauvages enfants de cette terre, que la civilisation a depossedes, comme moi vous n’auriez plus qu’un sourire de dedain pour les sites qui nous entourent et qu’en ce moment vous admirez si consciencieusement. –Ce que vous dites peut etre vrai, monsieur Olivier; malheureusement ces savanes et ces prairies dont vous parlez je ne les connais pas et jamais sans doute je ne les connaitrai.

–Pourquoi donc? repliqua vivement le premier interlocuteur; vous etes jeune, riche, vigoureux, libre autant que je puis le supposer. Qui peut s’opposer a ce que vous tentiez une excursion dans le grand desert americain? Vous etes tout porte en ce moment pour mettre ce projet a execution; c’est un de ces voyages, reputes impossibles, dont vous pourrez plus tard parler avec orgueil lorsque vous serez de retour dans votre patrie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *