Bien au contraire! –ce n’est pas vrai! ce n’est pas vrai! hurlait-il, ne voulant point se

–Et maintenant que tu es mon fils, dit Maurin placide, et sans lui lacher le bras,–marche, drole! que je te mene ou tu dois aller. Le drole obeit.

Le paternel Maurin ramenait Cesariot a Saint-Tropez, chez ses patrons, a qui il comptait le recommander fortement. Cesariot, tout d’abord, ne desserra pas les dents.

Il se soumettait a la force en rechignant. Il esperait que ce diable de Maurin finirait bien par le lacher. Et des qu’il aurait retrouve sa liberte, il irait ou bon lui semblait.

Comment Maurin savait-il ses secrets? Cela lui paraissait surnaturel et ne laissait pas de lui inspirer du respect. Tenter d’echapper a la forte poigne de ce diable de Maurin des Maures, il n’y songeait pas. Il eprouvait de plus en plus aupres de lui une sorte de terreur superstitieuse. Quant a l’idee d’etre le fils d’un tel homme, en mieux y reflechissant, il commencait a l’admettre, car il lui paraissait impossible qu’un Maurin eut parle a la legere.

Et puis, la correction qu’il avait recue ne semblait acceptable a son orgueil que venue d’une autorite paternelle. Cependant, malgre la gloire du nom de Maurin, qui etait un roi a sa maniere, Cesariot eut prefere pour pere l’amiral ou le ministre qu’il avait reve avec sa cervelle farcie de romans-feuilletons. . . Maurin, nature fruste et fine, laissait l’enfant a ses reflexions. Il avait de l’experience, l’homme. . . nulle sentimentalite, un esprit clair et libre. Il se faisait midi passe.

Cesariot qui, sans sa mauvaise rencontre, se fut attable la-bas, au cabaret de la Foux, commencait a sentir les tiraillements de son estomac de matelot. Rien ne creuse comme une alerte un peu vive. Il dit tout a coup: –Alors, de tout aujourd’hui, ici on ne mettra rien sous la dent, he? –ca, ca serait dommage, fit doucement Maurin. A ton age, mon homme, on a droit a la ration double. Te, entrons ici, on nous pretera des chaises et une table ou poser la bouteille et le pain que j’ai,–par precaution,–toujours au carnier. Il poussa Cesariot dans une maison de sa connaissance dont la porte s’ouvrait au bord du chemin. –Bonjour, Capoulade. Je te demande asile.

–Tu es chez toi, Maurin, dit l’autre. .

. Que veux-tu? –Ta table, pour manger a notre aise le diner que j’apporte. –Nous autres, nous avons dine, repliqua Capoulade. Fais a ta volonte. Sous le manteau de l’immense cheminee brulaient quelques troncs d’arbre. Une bouillotte chantait. Un chat ronronnait a cote de deux chiens courants, qui regardaient s’ecrouler les braises. Capoulade alla a ses occupations au dehors, laissant Maurin maitre de sa maison.

Maurin tira de son carnier vivres et bouteille et mit le tout sur la table. Les deux hommes, le pere et le fils, mangerent en silence, d’un air de grand appetit. Maurin avait tire d’une terrine deux gros morceaux de « boeuf en daube ». Voyant que Cesariot cassait son pain, le pere se mit a rire: –Tu as perdu ton petit couteau, que? dit-il de sa voix la plus flutee. Eh be, te, prends le mien! Il passa au jeune gaillard son couteau, tout pareil a celui qu’il lui avait arrache des mains sous le pin Berthaud.

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