Bernique! alors il se mit dans une fureur de fauve: il allait et venait par la

Il alluma un gros cigare, et,–tel un maroufle sur un sofa de bouge,–il se vautra sur un canape. La, d’un air d’indifference, avec des ricanements, il dit, entre deux bouffees de cigare: –Tu sais, ma chere, c’est absolument ridicule, et je tiens a te dire une fois pour toutes que c’est de ta faute. Blanche lanca un rire aigu plein de mepris. Il reprit tranquillement, sans se laisser deconcerter: –Oui, c’est de ta faute, je le repete; j’ai des preuves certaines que je ne suis pour rien dans le desagrement qui nous arrive; des preuves, entendez-vous, madame! Il prononca le mot _preuves_ en appuyant, avec un sourire fat. Elle eut un haussement d’epaules, sans repondre. Alors il se leva et sortit en sifflant un air d’operette.

Apres le depart de son mari, Madame de Lorn laissa eclater ses sanglots et ses pleurs: dire qu’elle avait espere le bonheur entre les bras de cet homme! Ou sont ces reves bleus, ces illusions aux ailes d’or! Des querelles, des injures meme. Et dire qu’ils venaient de se marier a peine! Quel enfer! Comment finirait-elle cette situation aussi lugubre que grotesque? C’etait sa faute, disait-il, sa faute a elle? L’imbecile! Sa faute! Pourquoi? Elle etait jolie, vraiment jolie, et desirable! Oh! c’etait trop fort! Elle avouerait tout a sa mere, elle se separerait. Non. Elle le rendrait plutot ridicule. Elle se laisserait courtiser, courtiser _jusqu’au bout_, par le vicomte de Cazal, qui avait demande autrefois sa main, ou par Monsieur Maffei, ce jeune diplomate italien si drive-master.com joli garcon. Oui, mais c’est qu’elle l’aimait toujours, et quand meme ce grand diable d’homme avec ces moustaches fines, sa main aristocratique, ses yeux qui vous allaient droit au coeur. Oh! si ca pouvait s’arranger! Comme elle vivrait heureuse entre ses bras! Le posseder, le posseder _completement_ une semaine, et puis mourir! Et elle sanglotait, sanglotait a fendre l’ame, la pauvre petite, et elle pleurait, pleurait toutes les larmes de son corps. Soudain, un objet blanc, tranchant sur le fond brun du tapis, attira son regard. C’etait une carte de visite. Elle la ramassa et lut: _Madame la Baronne de Saint-Baume,_ Rue. . . .

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. nº. .

. La baronne de Saint-Baume! Ce nom ne lui etait pas inconnu.

Ou diable avait-elle entendu parler de cette femme? Mais oui. C’est son oncle, le marquis de Matas, ce vieux gateux qui racontait des choses si inconvenantes devant les jeunes filles. C’est lui qui parlait souvent de Madame de Saint-Baume, quand il allait diner chez ses parents. Elle se rappelait maintenant. Sa mere se montrait tres scandalisee toutes les fois qu’on entamait cette conversation. Elle sentit son coeur saigner. La jalousie l’etreignit de ses griffes. Puis, une idee subite lui traversa l’esprit et elle sourit malicieusement.

–C’est a essayer, pensa-t-elle. Qui sait? Mon bonheur est la, peut-etre. V Le lendemain, une dame long voilee se presentait a l’hotel Saint-Baume. La baronne la recut avec une courtoisie exquise de douairiere. –Madame, dit l’inconnue d’une voix mourante au bout de quelques instants de silence embarrasse, je fais aupres de vous une demarche tres grave, comptant sur votre discretion inattaquable.

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