Belle-rose se mit en garde; grippard s’approcha, levant la torche

La Deroute remit le pistolet a sa ceinture et les deux fers furent croises. M. de Charny deploya, des les premiers coups, toute la finesse de son jeu; la confiance parisclick.fr avait affermi sa main et augmente ses ressources; mais de son epee Belle-Rose se faisait une cuirasse; partout le fer rencontrait le fer.

On comprenait que chacun des deux lutteurs voulait tuer son adversaire. Leurs pieds semblaient cloues au sol, et leurs epees, rapides et flexibles, s’entrelacaient comme des serpents lumineux. La main gauche de M.

de Charny s’appuyait contre sa hanche, mais elle glissait par un mouvement imperceptible vers la poche de son haut-de-chausses.

Tout a coup, et apres une riposte de Belle-Rose, qui tacha de quelques gouttes de sang la manche du gentilhomme au-dessus du coude, cette main reparut armee d’un pistolet. L’arme s’eleva et le coup partit; mais Belle-Rose, plus prompt que l’eclair, se jeta de cote, et la balle, effleurant la poitrine dans toute sa longueur, traversa le bras gauche du soldat.

–Traitre! s’ecria-t-il, et, rapide comme la foudre, il fondit sur M. de Charny. Rien ne put arreter l’impetuosite de son elan; cette fois la main etait de fer comme l’epee: le premier coup arriva comme une balle et traversa la poitrine du gentilhomme pres du coeur, le second perca la gorge d’outre en outre. M. de Charny ouvrit les bras et tomba. Belle-Rose se pencha, et, arrachant le masque qui le couvrait, montra son visage nu. –Tu as empoisonne Genevieve de Chateaufort, lui dit-il, meurs donc et sois maudit! Une expression de terreur profonde et de rage folle bouleversa la figure de M. de Charny; un dernier blaspheme expira sur ses levres sanglantes, le frisson le prit et il mourut. –Elle est vengee, dit Belle-Rose, partons. Ils reprirent leurs chevaux a l’auberge ou ils les avaient laisses, et regagnerent Sainte-Claire d’Ennery. Le jour commencait a naitre quand ils toucherent aux portes de l’abbaye, et la campagne s’eveillait toute brillante de cette parure enchanteresse que l’ete prodigue a toute chose; la rosee tremblait aux branches des haies et l’oiseau chantait sous la feuillee. Suzanne attendait dans une inquietude mortelle; on lui avait dit l’absence de Belle-Rose, et elle en ignorait la cause. Quand elle l’apercut, elle courut a lui le visage pale, mais les yeux deja souriants. –Eh quoi! du sang! s’ecria-t-elle lorsque Belle-Rose eut ouvert son manteau. –Ce n’est rien, reprit le soldat d’une voix profonde; je viens de tuer un serpent. LE FILS DU FAUCONNIER Il y avait, vers l’an 1663, a quelques centaines de pas de Saint-Omer, une maisonnette assez bien batie, dont la porte s’ouvrait sur le grand chemin de Paris. Une haie vive d’aubepine et de sureau entourait un jardin ou l’on voyait pele-mele des fleurs, des chevres et des enfants. Une demi-douzaine de poules avec leurs poussins caquetaient dans un coin entre les choux et les fraisiers; deux ou trois ruches, groupees sous des pechers, tournaient vers le soleil leurs cones odorants, tout bourdonnants d’abeilles, et ca et la, sur les branches de gros poiriers charges de fruits, roucoulait quelque beau ramier qui battait de l’aile autour de sa compagne.

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