–baissez-vous! cria-t-il d’une voix tonnante au comte de pomereux, qui touchait aux palissades

–Un gentilhomme ne se baisse pas! repondit M. de Pomereux. M. de Longueville l’avait joint et ils allaient de front.

La decharge eclata. Un vent de mort passa sur la troupe des gentilshommes et fit tomber les plus hardis. Les chevaux de M. de Longueville et de M. de Pomereux sauterent par-dessus la palissade, et les deux braves jeunes gens, atteints ensemble, roulerent dans les rangs hollandais, ouverts par leur elan. Belle-Rose et M. de Nancrais se leverent au milieu d’un nuage de fumee et entrerent des premiers dans la barriere. Les Hollandais lacherent pied de tous cotes; beaucoup d’entre eux, poursuivis l’epee dans les reins, resterent sur le carreau; un plus grand nombre se rendit.

Deux regiments de cavalerie prirent possession des camps ennemis abandonnes. M. de Luxembourg attachait son regard percant sur l’horizon, ou, dans les vapeurs dorees du soir, on voyait les clochers de dix villes. –Utrecht est a nous, dit-il. Cependant, Belle-Rose, ne voyant plus d’ennemis devant lui, revint sur ses pas. Un groupe de gentilshommes, noircis par la poudre et tout couverts de sang, entourait une civiere sur laquelle on avait couche un cadavre. Il y avait la le prince de Conde, le duc d’Enghien et le chevalier de Vendome; le jeune chevalier pleurait comme un enfant apres s’etre battu comme un soldat, le duc d’Enghien laissait tomber de grosses larmes le long de ses joues, le prince de Conde s’essuyait les yeux d’une main mutilee.

La tete livide et souillee de sang du duc de Longueville reposait sur un lit de drapeaux. On voyait encore sur son visage pali l’expression ardente et fiere de son jeune courage. La mort l’avait surpris au moment du triomphe. Il etait tombe, comme un chene frappe par la foudre, d’un seul coup. Ceux d’entre les gentilshommes qui etaient blesses se relevaient pour dire un dernier adieu a celui que l’avenir entourait de tant d’esperances et qui n’etait plus qu’un cadavre; les vivants lui faisaient un cortege morne et desole. Belle-Rose se souvint tout d’un coup du cri de la Deroute, et ne voyant pas M. de Pomereux parmi les officiers du prince, il eut peur. Il s’elanca du cote ou il avait vu le comte disparaitre dans un nuage de fumee et de feu, et trouva le sergent qui soutenait M.

de Pomereux dans ses bras. Un chirurgien, que Cornelius etait alle chercher, sondait ses blessures. –He! venez donc, lui dit le comte d’une voix defaillante, je craignais de mourir sans vous avoir serre la main. Quand Belle-Rose fut aupres de lui, M. de Pomereux repoussa la main du chirurgien. –Je suis perce d’outre en outre, lui dit-il; vous savez bien qu’il n’y a plus d’espoir, ainsi, monsieur, ne me tourmentez pas davantage. Le chirurgien essuya ses instruments et partit sans mot dire. –Voila qui est repondre, dit paris click le comte avec un sourire. Il embrassa Belle-Rose et Cornelius, tendit la main a la Deroute et s’arrangea pour mourir. Sa tete reposait sur un tambour. Le soleil s’inclinait vers l’horizon; des nuages roses nageaient dans le ciel lumineux que balayait un vent tiede.

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